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Les germanismes du français de Suisse romande en 12 cartes

Mathieu Avanzi, 22 décembre 20162 avril 2017

L’une des enquêtes du programme « Le français de nos régions », conduite avec la collaboration de Magali Bellot, alors étudiante en master à l’Université de Fribourg, portait sur les germanismes du français que l’on parle en Suisse romande. L’idée était de voir dans quels cantons – et dans quelles proportions – certaines tournures lexicales, empruntées à l’allemand ou au suisse alémanique, étaient employées par les Romands. Plus de 3.000 francophones de Suisse (ainsi que quelque 150 Français des départements de l’Ain, du Jura et du Doubs) ont répondu à la quarantaine de questions que nous leurs avions posées. Ils se répartissent de la façon suivante :

0-participants_euro.png

Figure 0. Répartition des participants à l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants.

Nous avons sélectionné pour ce nouveau billet 12 des cartes les plus représentatives des résultats.

Les premières cartes concernent les germanismes qui sont connus et employés par l’ensemble des Romands, d’où qu’ils viennent (sur ce genre de germanisme, v. aussi ce billet). C’est notamment le cas du mot boiler (prononcé « boileur »), ce qu’on appelle en France un « chauffe-eau » (le Dictionnaire suisse romand signale qu’on le trouve également en Alsace et en Belgique) ; du mot chablon (de l’allemand schablone), qui désigne un « pochoir » ; du mot stempf (et ses variantes : stemp, stempel, stempfel, le Dictionnaire suisse romand rappelle qu’on peut aussi les entendre en Alsace) qui désigne ce que l’on nomme en français commun un « tampon ». Mais c’est aussi le cas de l’emblématique verbe poutser (ou poutzer, de l’allemand putzen ; on trouve aussi l’expression faire la poutze), qui signifie grosso modo « faire le ménage » :

Boiler

1-boiler_euro.png

Figure 1. Répartition et vitalité du mot boiler dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Stempf

3-stempf_euro

Figure 2. Répartition et vitalité du mot stempf (et variantes) dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Chablon

2-chablon_euro

Figure 3. Répartition et vitalité du mot chablon dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Poutzer

4-poutzer_euro

Figure 4. Répartition et vitalité du mot poutzer (et variantes) dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

La seconde série de cartes permet de montrer que si certains germanismes sont connus sur l’ensemble du territoire, ils n’ont pas la même vitalité selon le canton d’où sont originaires les participants de l’enquête. C’est notamment le cas du mot witz (qui désigne une « blague » ou un « gag »), de la tournure être à la strasse (où le mot strasse remplace le mot rue ; en France, il est possible d’entendre un jeune dire qu’il est « à la street », v. ce lien), du verbe schlaguer (qui signifie « taper, battre ») ou du mot moutre (la « mère » en langage familier ; pour le « père » on dit fatre, la carte – non présentée ici – est identique à celle de moutre). Comme on peut le voir sur les figures ci-dessous, c’est surtout dans les cantons de l’Arc Jurassien que l’on aura le plus de chances d’entendre ces germanismes, le canton de Fribourg se place en seconde position, les autres cantons cumulent des pourcentages plus bas :

Witz

6-witz_euro.png

Figure 5. Répartition et vitalité du mot witz dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Être à la strasse

5-strasse_euro

Figure 6. Répartition et vitalité de l’expression être à la strasse dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Schlaguer

8-schlaguer_euro

Figure 7. Répartition et vitalité du mot schlaguer dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Moutre

7-moutre_euro

Figure 8. Répartition et vitalité du mot moutre <> dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Restent enfin les germanismes qui ne sont connus que dans une toute petite partie de la Suisse romande, en l’occurrence dans les cantons de l’Arc Jurassien. On pense aux verbes kotzer (« vomir »), petler (« mendier ») ou schneuquer (« fouiner, farfouiller »), mais aussi au substantif stöck (qui désigne un « bout de bois », et que l’on trouve également orthographié steck, stökre, stäkre ou encore chteucre) :

Kotzer

9-kotzer_euro

Figure 9. Répartition et vitalité du mot kotzer dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Schneuquer

10-schneuquer_euro

Figure 10. Répartition et vitalité du mot schneuquer dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Petler

11-petler_euro

Figure 11. Répartition et vitalité du mot petler dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Stöck

12-steck_euro

Figure 12. Répartition et vitalité du mot stöck (et ses variantes) dans l’enquête sur les Germanismes. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est chaude, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou canton (CH) est élevé.

Quel français régional parlez-vous?

Cet article vous a plus ? L’enquête sur les germanismes est terminée, mais vous pouvez répondre à une autre enquête sur les mots et les expressions régionales du français, en cliquant ici. Vous nous aiderez ainsi à y voir plus clair entre ceux qui se sèchent avec un linge, un essuie, un drap ou une serviette (de bain); ceux qui cuisent l’eau et ceux qui la font bouillir ou encore ceux qui appellent un pamplemousse un grapefruit (ou inversement, ceux qui appellent un grapefruit un pamplemousse !)

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Comments (21)

  1. A. L. dit :
    3 janvier 2017 à 17 05 01 01011

    Je confirme l’usage de « boiler » en Belgique francophone (du moins dans l’est, ou l’influence germanique est la plus forte), cependant il se prononce « boilère » et non pas « boileur ».

    Chargement…
    Répondre
    1. Patrick Eggli dit :
      6 janvier 2017 à 13 01 57 01571

      Le boiler est très utilisé en Suisse, mais ça se prononce habituellement beu-ylère (variante plus francisée) ou le beu-y-l’r (version très germanisée)

      Chargement…
      Répondre
      1. Mathieu Avanzi dit :
        6 janvier 2017 à 16 04 04 01041

        un internaute m’a signalé par email quà boudry, chez ses parents, le boiler se prononçait “Beuler” 🙂 ! Décidément…

        Chargement…
  2. Maude dit :
    6 janvier 2017 à 12 12 58 01581

    Et j’ajoute « schlinger » pour « puer ». Ca schlingue…… avec un long « iiiiiiiiingue » pourappuyer le fait.
    CH 2000

    Chargement…
    Répondre
    1. Dominique dit :
      8 janvier 2017 à 15 03 26 01261

      Je confirme, signe et me rappelle plein de souvenirs de vestiaire de gym !!! Petite précision pour les « étrangers du dehors » : l’infinitif est « chlinguer ». Je m’en fiche du ch ou sch (puisque c’est du langage parlé) mais faut le u après le g car c’est un g comme GOLF et non comme JARDIN…

      Chargement…
      Répondre
      1. Maude dit :
        8 janvier 2017 à 16 04 06 01061

        Complètement, j’étais distraite et pas moyen d’éditer sauf erreur de ma part 🙂

        Chargement…
    2. Françoise ANDRE dit :
      27 janvier 2017 à 19 07 18 01181

      oui, chez nous aussi à Morteau on dit couramment « schliiiiiiinguer » pour « puer » et quand ça schlingue, c’est que ça pue vraiment !!!
      Françoise
      25500 MORTEAU

      Chargement…
      Répondre
  3. Lise dit :
    6 janvier 2017 à 14 02 46 01461

    Schlinguer, putzer, schlaguer, spekr, schneuquer, tous des mots qui, premièrement ne s’écrivent pas et que deuxièmement je déteste entendre bien que je les connaisses. A votre avis est-ce qu’un Biennois francophone apprécie de voir tous les panneaux publicitaires, par exemple, de sa ville en allemand?

    Chargement…
    Répondre
    1. Mathieu Avanzi dit :
      6 janvier 2017 à 15 03 57 01571

      La cohabitation entre différentes langues sur un même territoire est parfois difficile… Les Suisses allemands ont aussi pris des expressions au français (merci, adieu, trottoir, etc.).

      Chargement…
      Répondre
  4. christian dit :
    7 janvier 2017 à 12 12 37 01371

    Je suis biennois francophone, les mots issus de l’allemand font partie du biElinguisme et ne me dérangent nullement, bien au contraire.

    Chargement…
    Répondre
    1. Maude dit :
      8 janvier 2017 à 16 04 08 01081

      Et à quelques kilomètres de chez vous, on est monolingue. Vive le bilinguisme!

      Chargement…
      Répondre
      1. Françoise ANDRE dit :
        27 janvier 2017 à 19 07 30 01301

        oui comme dit Maude, à quelques km de chez vous, on est « monolinguiste » à en pleurer ! un pays à 3 voire 4 langues (avec le romanche !) quelle richesse ! même si les suisses alémaniques n’aiment pas les suisses romands et vice versa…bah,c’est tout de même une richesse!
        car n’oublions pas qu’une langue est une mécanique de précisions…oh, le Witz !
        Françoise

        Chargement…
  5. Andrew Ferguson dit :
    7 janvier 2017 à 22 10 49 01491

    Question vraiment stupide de ma part… Boiler, euh, n’est-ce pas, à la base, un anglicisme?

    Chargement…
    Répondre
    1. Mathieu Avanzi dit :
      8 janvier 2017 à 16 04 08 01081

      Il s’agit bien d’un anglicisme, en effet ! En Suisse, c’est l’allemand qui l’a emprunté d’abord,puis le français l’a pris à l’allemand, techniquement ça en fait donc un germanisme (!). On retrouve boiler au Québec et en Belgique, où il a été emprunté directement à ‘l’anglais

      Chargement…
      Répondre
  6. Aubrée dit :
    27 janvier 2017 à 13 01 23 01231

    De quel mot allemand provient le mot ‘chablon’?

    [Très fière de cette diversité! Merci de lui donner une visibilité!]

    Chargement…
    Répondre
    1. Mathieu Avanzi dit :
      28 janvier 2017 à 10 10 42 01421

      selon le dictionnaire suisse romand, ça viendrait de l’allemand « Schablone » (emprunté lui-même au néerlandais schampelun, qui signifie « échantillon »)

      Chargement…
      Répondre
  7. N.G. dit :
    23 février 2017 à 11 11 40 02402

    Bonjour! Alors tout d’abord, merci pour vos cartes, c’est génial. Je me demande toutefois pourquoi vous adoptez une posture aussi ‘puriste’. Les régionalismes, n’est-ce pas aussi une richesse de la langue? La mobilité de termes d’une langue à une autre, est-ce forcément toujours négatif?

    Chargement…
    Répondre
  8. kristalkplus dit :
    6 mai 2017 à 12 12 34 05345

    Et qu’en est il du mot tableau –> tabelle ?

    Chargement…
    Répondre
  9. A. Nathalie dit :
    11 juillet 2017 à 15 03 17 07177

    chez moi (provençale de toujours maintenant savoyarde du haut) c’est l’époisse qui shliingue et pas peu! ho ça oui mon brave!

    Chargement…
    Répondre
  10. Jean Duramois dit :
    7 septembre 2018 à 7 07 57 09579

    Bonjour français « de souche « ,parisien, ayant vécu ds bien des endroits en France, puis bien des années au Danemark et j’ai tjrs utilisé  » schlinger: » sans jamais avoir vécu en Suisse ,et de plus, à peu près très mes expression retenues sont également présentes en danois
    Surtout parce qu’il y a un emprunt partagé de l’anglais et de l’allemand!

    Chargement…
    Répondre
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