Quel français régional parlez-vous?

Depuis le lancement de la première enquête « Le français de nos régions » en juin 2015, nous avons reçu les réponses de plus de 50’000 participants. Sur la base de ce matériel, nous avons réalisé des dizaines de cartes donnant à voir la vitalité et la répartition dans l’espace de particularités langagières dont l’extension régionale était mal connue (le mot dîner pour désigner « le repas de midi » ; le tancarville qui désigne une structure métallique pour faire sécher le linge ; la chocolatine ou le petit pain que l’on achète chez le boulanger, que l’on peut glisser dans une poche ou un cornet) ou que l’on a trop longtemps jugées fautives car elles n’appartenaient pas au (bon) français (la tournure j’y fais pour je le fais, la prononciation des consonnes finales des mots moins et vingt, etc.).

Participez à une enquête linguistique et aidez la science !

Le français de nos régions vous intéresse ? Vous avez 10 minutes devant vous, et vous voulez nous aider à mieux comprendre comment voyagent, survivent ou disparaissent les mots et les prononciations du français de nos régions ? Alors cliquez sur l’un des liens suivants, et amusez-vous bien !

Les mots et les expressions de nos régions (Belgique, France et Suisse)

La prononciation des mots de nos régions (Belgique, France et Suisse)

Vous venez de la francophonie outre-atlantique ?

Une enquête a été conçue pour les participants originaires de ces régions:

Le français parlé en Amérique du Nord

Le français parlé dans les Antilles

Crayon (de bois/gris) ou crayon de/à papier ?

C’est une question qui agite la toile depuis pas mal de temps (v. ce topifight, ce forum ou celui-ci), mais qui n’a toujours pas trouvé de réponse satisfaisante. Et les dictionnaires de référence, de même que les dictionnaires de régionalismes, ne sont toujours pas toujours non plus d’une très grande aide. La page Wikipedia consacrée au « crayon » résume le problème simplement : « il n’existe pas de terminologie officielle et les désignations peuvent varier selon les zones géographiques ou culturelles : on parle de « crayon-mine », de « crayon de mine », de « crayon à papier », de « crayon de papier », de « crayon de bois » ou « crayon gris », « crayon de plomb » ou « crayon à mine » au Québec, « crayon noir », « crayon ordinaire » ou même simplement « crayon » en Belgique » (page consultée le 25.11.2016). Fait rare : même l’Académie signale que toutes ces variantes sont correctes (lien) !

Pour tenter d’y voir plus clair, nous avions demandé aux internautes, dans l’une de nos premières enquêtes sur les mots et les phrases du français de nos régions , comment ils nommaient « le bâtonnet de bois contenant une mine, dont on se sert pour écrire sur du papier, et que l’on peut gommer ». Les répondants devaient choisir dans une liste de 5 réponses la variante qu’ils utiliseraient préférentiellement dans le cadre d’une conversation en famille ou entre amis. La carte ci-dessous (générée à partir des réponses de plus de 12’000 francophones d’Europe) permet de visualiser quels items ont été donnés le plus souvent pour chacun des départements de France, chacune des provinces de Belgique et chacun des cantons de Suisse romande.

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Figure 1. Les désignations du « bâtonnet de bois contenant une mine, dont on se sert pour écrire sur du papier, et que l’on peut gommer » dans l’enquête Euro-1, en fonction des pourcentages maximaux obtenus par départements (FR), les provinces (BE) et cantons (CH).

Comme on peut le voir, la variante « crayon » est arrivée largement en tête des sondages en Belgique. En France, la situation est plus contrastée: le territoire se partage entre ceux qui disent « crayon à papier » et ceux qui disent « crayon de papier » (à noter qu’aucune variante n’est « plus correcte » que l’autre, contrairement à ce que nous dit ce site). On remarque toutefois que dans certaines zones périphériques, qui incluent les départements des Alpes du Sud-Est, une bonne partie de la Bretagne et le département de l’Ariège,  c’est la variante « crayon gris » qui a été choisie. Nos amis de l’ancienne région Nord-Pas-de-Calais, de même que les habitants d’une partie des Pays de la Loire ont plébiscité la réponse « crayon de bois ». En Suisse romande enfin, on observe également de la variation d’un canton à l’autre: les Vaudois et les Genevois nomment « crayon gris » ce que les Fribourgeois et les Valaisans nomment « crayon à papier », alors que les Romands de l’Arc Jurassien ont préféré la réponse « crayon de papier », à l’instar de leur voisins de France.

Cette carte ne rend toutefois pas justice à la réalité des données, et les choses ne sont pas tout à fait si tranchées : de nombreuses variantes sont connues en dehors des aires que montre la carte ci-dessus. Sur la carte suivante, on peut voir p. ex. que la variante « crayon à papier » est assez répandue dans l’Europe francophone, mise à part peut-être en Belgique:

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Figure 2. Répartition et vitalité de la réponse « crayon à papier » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

La carte suivante laisse penser que la variante « crayon de papier » est moins célèbre hors de son aire maximale :

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Figure 3. Répartition et vitalité de la réponse « crayon de papier » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

La forme « crayon » est quant à elle connue dans les départements de la frange Sud, mais également en Suisse romande et en Alsace:

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Figure 4. Répartition et vitalité de la réponse « crayon » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

La réponse « crayon de bois » est cantonnée dans les zones où l’on a observé les pourcentages maximaux sur la Figure 1:

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Figure 5. Répartition et vitalité de la réponse « crayon de bois » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

On voit sinon que la réponse « crayon gris » est en fait connue sur une frange sud-est plus large que celle que l’on a vue sur la figure 1, et que la variante est également connue dans les régions situées au nord de la francophonie d’Europe (notez la différence entre les départements du Nord et du Pas-de-Calais) :

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Figure 6. Répartition et vitalité de la réponse « crayon gris » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Enfin, les participants avaient la possibilité d’indiquer d’autres réponses dans une case « autre ». Nous avons recueilli des variantes comme « crayon noir » et « crayon ordinaire » (proposées par quelques locuteurs de Belgique), mais aussi la réponse « crayon (de/à) plomb », en usage au Québec. Sur la carte ci-dessous, nous avons cartographié la vitalité de la réponse « crayon (à/de) mine ». Sans doute l’aire et la vitalité de cette tournure auraient été plus importantes si ce choix avait été proposé aux participants.

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Figure 7. Répartition et vitalité de la réponse « crayon mine » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Comment ça se dit chez vous ?

Êtes-vous d’accord avec ces cartes ? Est-ce que les représentations correspondent à vos usages ? Pour participer aux enquêtes et nous aider à en savoir plus sur la vitalité et l’aire d’extension de certains régionalismes du français, cliquez ici !

70 & 90

Une des différences les plus connues entre le français de Suisse ou de Belgique et le français de France repose sur les formes que l’on utilise pour exprimer les cardinaux 70 et 90. En Belgique comme en Suisse, ce sont les mots septante et nonante que la norme locale prescrit, alors qu’en France on utilise les mots soixante-dix et quatre-vingt-dix, et ce de façon (quasi-)exclusive. C’est en tout cas ce que montrent les deux cartes ci-dessous, où les taux d’emploi des formes septante et nonante avoisinent les 100% en Belgique comme en Suisse :

Septante

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Répartition et vitalité du mot « septante » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Nonante

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Répartition et vitalité du mot « nonante » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

De nombreux témoins ont cependant signalé utiliser les mots septante et nonante en France, comme le suggèrent les pourcentages un peu plus élevés qu’ailleurs dans les départements de la Haute-Savoie, du Jura et du Doubs, notamment. Non, il ne s’agit pas (uniquement) de trolls ou de témoins nés en France mais vivant ou travaillant actuellement en Suisse ou en Belgique. Les formes septante et nonante ont en effet été connues et utilisées en France, et survivent aujourd’hui tant bien que mal dans la bouche de certains locuteurs âgés…

Un peu d’histoire

Au début du XXe siècle, le système décimal (où 70=7*10) était (encore) le système de référence dans les dialectes parlés sur un large croissant à l’Est du territoire, croissant dont les pointes se situent en Belgique et dans l’extrême Sud-Ouest de l’Hexagone (l’existence d’attestations isolées dans les îles anglo-normandes et en Bretagne laisse même penser que le système latin était jadis connu sur un territoire plus grand, ce que confirment de nombreux dictionnaires), comme on peut le voir sur les deux cartes ci-dessous :

Septante (d’après l’ALF)

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Répartition et vitalité du type lexical « septante » et du type lexical « tre-vingt-dix » d’après la carte 1240 de l’ALF. Chaque point représente la ou les réponses d’un témoin.

Nonante (d’après l’ALF)

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Répartition et vitalité du type lexical « septante » d’après la carte 1114 de l’ALF. Chaque point représente la réponse d’un témoin.

Les cartes ci-dessus ont été conçues à partir des données de l’ALF (Atlas Linguistique de France), réalisé au début du siècle dernier par les linguistes J. Gilliéron & E. Edmont. Certes, les enquêtes à la base de cet atlas portait sur les patois, mais on peut penser que ces cartes reflètent (toutes choses étant égales par ailleurs) la situation du français que l’on parlait dans les milieux ruraux à cette époque. Tout du moins ces cartes décrivent-elles une situation qui est cohérente avec le témoignage que livrent les nombreuses sources qui nous permettent de documenter les spécificités locales du français parlé dans ces régions pendant les trois premiers quarts du précédent siècle (v. notamment les exemples littéraires et la cartographie fournie par A. Goosse dans son article intitulé « Qu’est-ce qu’un belgicisme ? « , paru dans le Bulletin de l’Académie Royale de la Langue et Littérature Française en 1977; de même que les articles septante et nonante dans l’excellent Dictionnaire suisse romand d’A. Thibault, dont le contenu est repris dans les articles éponymes de la Base de Données Linguistique Panfrancophone suisse).

Si ces régionalismes ne sont aujourd’hui presque plus utilisés en France, mais qu’ils se maintiennent en Suisse et en Belgique, c’est en raison principalement de systèmes éducatifs autonomes et distincts (plus aucun petit Français n’apprend que 70 et 90 se disent septante et nonante, contrairement à ce qui se passe en Belgique ou en Suisse).

Le saviez-vous ?

Les Romains comptaient sur une base de dix, alors que les que les peuples qu’ils ont envahis et qui vivaient sur le territoire où l’on parle aujourd’hui le français (grosso modo) comptaient sur une base de vingt (système vigésimal, où 70=3*20+10, v. à témoins les types archaïques tre-vingt-dix des points 955 et 963 en Savoie sur la carte septante (d’après l’ALF), que le français régional contemporain ne connaît pas).

Dans les états anciens du français, le système de numérotation par 20 était plus étendu qu’il ne l’est actuellement. La lecture de Des mots à la pensée, essai de grammaire de la langue française, monument que l’on doit à Damourette & Pichon, nous apprend l’existence de formes telles que « sept vingt » (= 140) ou « quatorze vingt » (= 280), ou que l’hôpital des Quinze-Vingts à Paris a été nommé ainsi par Louis IX car il s’agissait d’un hospice qui contenait à l’origine 300 lits !

Enfin, on terminera ce billet en rappelant que, contrairement à un préjugé bien implanté, ce ne sont pas les Gaulois qui ont inventé le système vigésimal. Selon toutes vraisemblance en effet, les membres des civilisations pré-indo-européennes comptaient déjà sur une base de vingt !

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Ces mots du grand Ouest

Ce nouveau billet est consacré aux mots et aux expressions du grand Ouest, que l’on ne manquera pas d’entendre si on se ballade du côté de la Normandie au nord de l’Aquitaine, en passant par les pays de la Loire et le Poitou-Charentes.

Commençons avec deux mots que beaucoup de francophones emploient sans savoir sans doute qu’elles proviennent de l’Ouest…

Tancarville

Le saviez-vous ? Tancarville est une commune du département de la Seine-Maritime (signalée sur la carte ci-dessous par une petite étoile noire). Selon toutes vraisemblances, le mot tancarville a été utilisé par les créateurs d’un type de séchoir à linge de forme métallique pour désigner la marque de cet objet, sans doute par analogie avec la forme d’un pont situé à Tancarville (cliquer ici pour voir une photo du pont de Tancarville). Aujourd’hui, le mot n’est plus associé uniquement à cette marque, et est passé dans l’usage courant. Comme le montre la carte, il est même connu bien au-delà de sa région d’origine !

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Répartition et vitalité du mot « tancarville » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

On est pas rendu (à Loches)

Beaucoup de francophones connaissent et emploient l’expression « on n’est pas rendu à Loches ». Comme vous nous l’expliquions dans ce billet, l’expression « on n’est pas rendu » peut être vue comme une forme raccourcie de l’expression « on n’est pas rendu à Loches », expression qui faisait « référence à la ligne de démarcation, traversée par la route qui, de Tours, en zone occupée, rejoignait Loches, en zone libre » pendant la seconde guerre mondiale (info trouvée sur ce blog, Loches est signalée par une étoile noire sur la carte ci-dessous). En fait, cette explication n’est pas la seule possible, et il est probable que l’expression « on n’est pas rendu » se soit propagée sans le complément « à Loches ». En effet, dans l’Ouest, le verbe « se rendre » jouit d’une vitalité fort importante. Beaucoup de francophones de cette région l’emploient pour désigner que l’on est « arrivé (à certain point de l’espace ou du temps) », comme le souligne le Dictionnaire des Régionalismes de France, qui donne les exemples suivants : « j’en suis rendu à la page 34 de mon livre » (comprendre : « j’ai atteint la page 34 »), « Où donc qu’ils sont rendus les ciseaux ? »(comprendre : « Où sont donc passés les ciseaux ? »).

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Fréquence d’usage, sur une échelle de 0 (= jamais) à 10 (=souvent) de l’expression « on n’est pas rendu à Loches ! » des répondants à l’enquête Euro-1. Plus la couleur est chaude, plus la fréquence est élevé, et inversement.

Les usages des mots suivants sont peut-être un peu moins connus ailleurs que dans le grand Ouest.

Débaucher

Le verbe débaucher est d’usage courant en français commun : débaucher quelqu’un, c’est le pousser  à faire des activités peu catholiques. Dans la bouche des francophones de l’Ouest, « débaucher » prend également le sens de « sortir du travail ». Pour dire que l’on commence le travail, on emploie le verbe « embaucher ».

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Répartition et vitalité du mot « débaucher » au sens de « sortir du travail » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Ça loge ?

Le verbe loger, notamment employé dans l’expression « ça loge », n’a pas vraiment d’équivalent direct en français commun (ce qui explique sans doute sa vitalité actuelle). Si on vous demande si ça loge en parlant d’une valise devant le coffre d’une voiture à moitié rempli, ça veut dire qu’on vous demande s’il y a assez de place pour que la valise entre dans le coffre.

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 Répartition et vitalité du verbe « loger » au sens de « avoir assez de place » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Le saviez-vous ?

Les expressions ça loge, débaucher et on n’est pas rendu sont employées de l’autre côté de l’Atlantique chez nos cousins québécois (le français a été importé notamment par des colons venus de l’Ouest à partir du XVIIe siècle). Les Québécois ne semblent pas connaître en revanche le mot tancarville !

Participez à l’enquête !

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Pain au chocolat, petit pain ou chocolatine ?

C’est une question qui fait pas mal de bruit sur le Net depuis la fameuse sortie de J-F. Coppé, le 5 octobre 2012, qui expliquait comprendre l’exaspération des concitoyens lorsqu’ils apprennent, « en rentrant du travail le soir », que « leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan ».

Outre le tollé politique (lire un résumé ici) qu’a soulevé cette petite phrase, elle a été à l’origine de nombreuses querelles linguistiques, relatives à la dénomination de cette délicieuse viennoiserie dans lequel le boulanger glisse une barre de chocolat :

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Des plate-formes de vote ont même été créées (voir p. ex. ce site), pour que les internautes puissent faire valoir leur voix. Toutefois, ces sondages ne rendent pas justice à la diversité des mots pour nommer cette viennoiserie. Ils ne rendent pas compte de ce qui se passe en Belgique et en Suisse (voir pour une critique complète cet excellent article). Dans une enquête linguistique au cours de laquelle les participants étaient invités à répondre à plusieurs questions en sélectionnant dans une liste les mots qu’ils utilisent dans la vie de tous les jours (cliquez ici pour accéder aux liens de l’enquête, ici pour visualiser les résultats de la « serpillière »), nous avions glissé une question sur la dénomination du « pain et au chocolat » et ses variantes régionales. Les internautes avaient le choix entre 6 réponses: « chocolatine« , « pain au chocolat« , « couque au chocolat« , « croissant au chocolat« , « petit pain » et « petit pain au chocolat« . Les réponses de plus de 10’000 participants ont été analysées, et cartographiées.

Sur les cartes ci-dessous, chaque point représente le code postal de la localité où le participant a passé la plus grande partie de son enfance. En France, on peut voir une répartition assez nette entre la « chocolatine » dans le Sud-Ouest et le « pain au chocolat » dans les autres régions. On peut voir également que les départements accolés à la Belgique (région Nord-Pas-de-Calais), à l’Allemagne (Alsace et Lorraine) et à la Suisse (Haute-Savoie, Jura) emploient les termes de « petit pain » et de « petit pain au chocolat » pour désigner cette viennoiserie. On trouve quelques attestions du « croissant au chocolat » en Franche-Comté. En Belgique et en Suisse, ce sont les termes « pain au chocolat » et « petit pain (au chocolat) » qui prédominent :

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Les dénominations du « pain au chocolat » en français régional, d’après les résultats de l’enquête Euro-1.

Nous n’avons pas recueilli d’attestations de « couque au chocolat » que l’on donne pourtant comme belge (lien). Amis Belges, aidez-nous à faire évoluer ces cartes en répondant à notre enquête !

La serpillière

Il y a près d’un an, nous vous présentions les premières cartes issues de la première enquête « le français de nos régions« . Nous avions choisi de présenter les dénominations régionales les plus fréquentes du morceau de tissu épais que l’on utilise pour nettoyer les sols, et que l’on appelle français commun « serpillière » (cliquez ici pour accéder au billet). Nous avions aussi promis une mise à jour, la voici.

La carte ci-dessous a été produite à partir des réponses de près de 12’000 participants francophones ayant passé une grande partie de leur enfance en Belgique, en France ou en Suisse. Elle représente la répartition géographique de plus d’une dizaine de mots :

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Les dénominations de la « serpillière » en français régional, d’après les résultats de l’enquête Euro-1.

Comme on peut le voir, seuls les mots « serpillière » et « chiffon » n’ont pas une distribution spatialement contrainte dans la francophonie d’Europe. Tous les autres termes sont propres à une région (plus ou moins grande). Examinons-les les uns à la suite des autres…

Torchon, wassingue, loque

On commence avec le Nord de la francophonie d’Europe, qui inclut la Belgique, la région que l’on nommait naguère Nord-pas-Calais, la Picardie et les Ardennes. Sur ce petit territoire, trois principaux termes sont en usage, comme le montrent les trois cartes suivantes :

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 Répartition et vitalité des termes « torchon », « wassingue » et « loque » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

En Belgique, ce sont le terme « torchon » est connu de toute la communauté Wallonie-Bruxelles, alors que le terme « loque » y est moins fréquent : il est surtout connu dans la province du Luxembourg. En France, c’est dans les Ardennes et les départements voisins que l’on pourra entendre ce mot.

Patte, panosse

Dans le domaine où l’on parlait des dialectes francoprovençaux, c’est le mot panosse qui est le plus fréquent. Sur ce territoire, on connait également le mot « patte », qui occupe une aire plus large (il est néanmoins étrangement inconnu dans les départements de la Drôme, de l’Ardèche et de l’Isère – du moins avec le sens de « serpillière »).

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Répartition et vitalité des termes « panosse » et »patte » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Pièce

Dans le Sud-Est de la France, c’est le terme « pièce » qui est le mot régional désignant la serpillière qui arrive en tête du sondage :

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Vitalité et répartition du terme « pièce » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Cinse

A l’Ouest du territoire, le mot « cinse » est celui qui est le plus utilisé par les participants de notre enquête:

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Vitalité et répartition du terme « cinse » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Toile

Enfin, au Nord-Ouest de la France, c’est le mot « toile » qui a été plébiscité :

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Vitalité et répartition du terme « toile » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Le saviez-vous ?

La plupart des aires des mots régionaux désignant la « serpillière » calquent les aires des mots correspondants en patois. La numérisation des données des atlas dialectaux  est en cours, et cela fera l’objet d’un nouveau billet.

NB:

Nous avons fourni des cartes de détails pour les types lexicaux les plus courants, et avons laissé de côté les mots moins fréquents comme « peille », « gueille », « lave-pont », etc.

Le « y » dit savoyard : laissez-moi vous y expliquer !

Qui n’a jamais été frappé, en se rendant dans les Alpes, d’entendre les locaux introduire des « y » un peu partout dans leurs phrases : je vais y faire ; je vais y prendre ; je vais y manger ? D’après les résultats de notre enquête sur les mots et les expressions de nos régions, l’usage de pronom y, que l’on a souvent qualifié de « savoyard », de « dauphinois », de « lyonnais » ou de « bourguignon », couvre une aire géographique plutôt large, qui ne correspond pas tout à fait aux limites du domaine francoprovençal :

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Répartition et vitalité du pronom « y neutre » dans l’enquête Euro-1. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

La carte ci-dessus a été obtenue à partir des réponses de plus de 15’000 participants, à qui on a présenté l’énoncé suivant : « Vous rénovez votre maison, mais c’est la fin de la journée et vous n’avez pas encore commencé à repeindre le mur de votre maison. Un ami qui passe vous demande pourquoi vous avez laissé de côté ce travail, et vous lui dites ». Les sujets devaient ensuite choisir en deux phrases laquelle des deux ils utiliseraient préférentiellement dans leurs conversation familière : ça, je vais le faire demain et ça, je vais y faire demain. La carte présente le taux de pourcentage pour la réponse ça, je vais y faire demain.

il va y faire

Contrairement à une opinion bien répandue, dans ces contextes, le pronom y ne remplace pas un complément d’objet indirect (comme il le ferait avec le verbe aller, p. ex. dans la phrase j’y vais), mais bien un complément d’objet direct. Ainsi, les phrases mentionnées ci-dessus, le pronom y remplace des compléments de type « quelque chose » ou « ça » (je vais faire quelque chose, je vais prendre ça, je vais manger quelque chose/ça), et non des compléments de type « à quelque chose » ou « à ça » (*je vais faire à quelque chose, *je vais prendre à ça, *je vais manger à quelque chose/ça, où l’astérisque signale que l’énoncé est agrammatical). Mais alors pourquoi dans ces régions, les gens n’utilisent-ils pas le pronom le, comme en français standard (je vais le faire, je vais le prendre, je vais le manger) ?

Un peu d’histoire

D’après Gaston Tuaillon, dialectologue spécialiste du francoprovençal, l’existence de ce pronom y s’explique par le substrat dialectal, c’est-à-dire par les patois, qui étaient encore parlés par nos arrières-grands-parents. Dans les patois francoprovençaux, de même que dans les parlés d’oïl du sud de la Bourgogne, les pronoms objets directs, qui se placent avant le verbe, comportent trois formes : une forme pour le masculin (lo ou lou, équivalent du le français, comme dans la phrase je vais le prendre), une forme pour le féminin (la, équivalent du la français, comme dans la phrase je vais la prendre) et une forme pour le neutre (o ou ou, qui n’a pas d’équivalent en français standard, mais qui correspond à notre y régional, comme dans la phrase je vais y prendre).
Quand le français a commencé à être parlé dans les régions de Lyon, de (Haute-)Savoie, du sud de la Bourgogne ou du Dauphiné, les locuteurs, alors patoisants, ont conservé un système à trois cas (masculin, féminin et neutre) en utilisant la forme y du français pour « traduire » les pronoms o et ou du francoprovençal en français. Aujourd’hui, si cet usage continue d’être couramment employé dans le français régional, c’est parce qu’il permet de marquer des nuances de sens dont le français standard ne permet pas de rendre compte ! Si non è vero, è ben trovato !

Une aire géolinguistique controversée  

L’aire géographique d’usage de ce terme a souvent été débattue dans la littérature scientifique. D’après Tuaillon (1988 : 295), l’usage de ce pronom couvrirait un vaste espace que l’on peut « délimiter approximativement, en disant qu’il couvre l’espace français, à l’est d’une ligne qui va d’Autun à Valence ». P. Rézeau, dans son Dictionnaire sur les Régionalismes de France, présente une carte qui indique que le pronom y neutre est utilisé jusque dans le sud du Loir-et-Cher. En Suisse romande, d’après W. Pierrehumbert, l’usage de ce pronom est attesté dans les parlers Genevois depuis au moins le 16e siècle. Les résultats de notre enquête indiquent que cet usage ne semble pas connu au-delà des frontières du district de Nyon dans le canton de Vaud.

Participez à l’enquête, et aidez la science !  

Le français de nos régions vous intéresse ? Vous avez 10 minutes devant vous, et vous voulez nous aider à mieux comprendre comment voyagent, survivent ou disparaissent les mots et les prononciations du français de nos régions ? Alors cliquez sur l’un des liens suivants, et amusez-vous bien !

Les mots et les expressions de nos régions (Belgique, France et Suisse)

La prononciation des mots de nos régions (Belgique, France et Suisse)

vingT et moinS

La plupart des dictionnaires de grande consultation du français (le Littré, le Robert ou le Larousse, pour ne citer que ceux-ci), de même que le Dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel d’André Martinet et de Henriette Walter, indiquent que ces mots se prononcent sans consonne finale audible.  La page Wikipédia consacrée à la prononciation du français est moins catégorique, et précise que le mot vingt « se prononce parfois [avec un -t final audible] quand le mot est isolé ou en fin de phrase ». Ailleurs sur Internet (voir notamment ici), on peut lire que la consonne -t finale semble n’être prononcée que par les locuteurs de certaines régions, en particulier de l’Est de la France… Quant la consonne finale du mot moins,  les internautes sont plus partagés (voir par exemple ici), même s’il ressort que c’est apparemment dans le Sud de la France que cette consonne s’entend (c’est aussi ce que laisse penser l’accent des chanteurs du groupe ‘les Fabulous Troubadours’, chez qui on peut entendre le mot moins prononcé avec sa consonne finale dans cette chanson).

Dans l’une des enquêtes consacrées au français parlé de nos régions, nous avons cherché  à apporter des éléments de réflexion pour faire avancer le problème, notamment pour vérifier si la prononciation des mots vingt et moins avec ou sans consonne finale audible variait selon les régions, et, le cas échéant, lesquelles.

Les  réponses de près de 10’000 internautes, originaires pour la plupart de France, de Suisse romande et de Belgique, nous ont permis d’y voir plus clair. Sur les cartes ci-dessous, nous avons signalé par un point les localités où les participants ont indiqué avoir passé la plus grande partie de leur enfance et indiqué prononcer le mot en question avec sa consonne finale. Nous avons également calculé, pour chaque département, le pourcentage des participants ayant déclaré prononcé la consonne finale par rapport au nombre de participants ayant déclaré ne pas les prononcer.

Vingt

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le pourcentage de participants ayant indiqué prononcer la consonne finale du mot vingt est plus élevé dans les départements du Nord et l’Est de la France, ainsi qu’en Suisse et en Belgique :

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Répartition et vitalité de la prononciation du -t final du mot « vingt » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

On soulignera aussi le fait suivant : bien que cette prononciation « marquée » par rapport aux dictionnaires de référence soit connue aussi ailleurs (on peut voir plusieurs attestations à Paris et l’Île-de-France, ainsi que dans la partie méridionale de l’Hexagone), sa faible fréquence montre qu’elle reste très minoritaire dans les autres régions.

Moins

Quand à la carte ci-après, elle confirme que le pourcentage de participants ayant indiqué prononcer la consonne finale du mot moins est plus élevé dans le Sud qu’ailleurs en France :

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Répartition et vitalité de la prononciation du -t final du mot « moins » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

On remarquera que la prononciation du -s final est beaucoup moins fréquente dans le Sud-Est de la France que dans le Sud-Ouest ! Comme pour le mot vingt, cette prononciation peut s’entendre ailleurs, mais elle est clairement minoritaire.

Aidez-nous à compléter ce tableau en répondant à notre nouvelle enquête sur la prononciation des consonnes (5 questions uniquement). Cliquez ici pour participer !

Nareux et clencher

Dans un billet récent publié sur le site y’a pas le feu au lac,  la blogueuse Kantu (une expat’ suisse en France)  fait état de quelques régionalismes du français de Lorraine, tout en précisant que parmi ceux-ci, certains sont employés en dehors de la Lorraine. Nombreux des mots mentionnés sur son blog étaient présents dans les enquêtes du projet le français de nos régions. Nous faisons le point dans ce billet sur deux d’entre eux.

(Être) nareux

D’après le Dictionnaire des Régionalismes de France (DRF, p. 701), l’adjectif nareux (ou sa variante néreux) qualifie une personne « difficile sur la nourriture et tout ce qui touche la propreté de la table; qui éprouve facilement du dégoût ». D’après le DRF, ce mot serait un dialectalisme (c’est-à-dire un mot emprunté aux patois), et serait essentiellement employé dans le Nord-Est de la France. Le Dictionnaire des Belgicismes (DicBel) mentionne également que le terme est usité dans les provinces de Namur et du Luxembourg.  La carte générée à partir des 9’000 réponses obtenues pour l’enquête Euro-2 (cliquez sur ce lien pour y participer) livre des résultats en accord avec ceux du DRF et du DicBel :

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Répartition et vitalité du mot « nareux » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Clencher

Comment nommez-vous « l’action de fermer une porte » ?  Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous (qui est remarquablement similaire à celle que l’on trouve dans le DRF, p. 274 en ce qui concerne l’Hexagone), c’est le terme clencher que les participants originaires de Lorraine et de Normandie ont choisi quand ils ont pris part à l’enquête Euro-1 (cliquez sur ce lien pour participer). Notons que l’on retrouve ce type lexical en Belgique (sous la variante clinche, d’après le DicBel).

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Répartition et vitalité du mot « clencher » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Terminons en soulignant que le mot « clencher »est également employé au Québec, où il a été importé par les colons Normands au XVIIe siècle (comme le souligne à juste titre Kantu dans son billet).

Pour participer aux enquêtes et nous aider à compléter notre connaissance sur la variation géographique du français dans l’espace, cliquez sur ce lien !

Des mots occitans

Dans un précédent billet, nous vous parlions de l’entrée dans le dictionnaire du mot dégun, qui signifie « personne ». Dans des billets plus anciens, nous avions aussi vu que les francophones du Sud-Ouest avaient des façons bien particulières de nommer le « sac plastique avec lequel on fait ses commissions » (voir le billet) ou la viennoiserie fourrée d’une barre de chocolat (que l’on nomme en français commun pain au chocolat, voir ce billet). Ce billet est consacré aux mots empruntés à l’occitan, et plus spécialement à l’un de ses nombreux dialectes.

Péguer

Nous commençons avec le mot péguer (passé en français via l’occitan pegar), qui signifie « coller légèrement ». Ce mot n’a pas d’équivalent en français commun, si bien qu’il est connu par une grande partie de la population interrogée (avec mon frère, quand on était petits et qu’on renversait du sirop ou du coca sur le sol, notre mère qui a passé une partie de son enfance dans l’Aveyron criait de faire attention, car ça allait « péguer »). On remarque toutefois que c’est surtout sur une large frange méditerranéenne que ce régionalisme est employé :

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Répartition et vitalité du mot « péguer » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Escagasser

Un autre terme qui n’a pas d’équivalent en français standard, et que l’on utilise comme synonyme « d’abîmer » (ou de « taper sur les nerfs », d’autres sens sont aussi connus) : escagasser. Emprunté au provençal lui aussi (on reconnait la racine caga), ce mot occupe la même aire que péguer, bien que les pourcentages de vitalité soient plus faibles d’un département à l’autre :

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Répartition et vitalité du mot « escagasser » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Mamé(e), mamet(te)

Enfin, nous terminerons avec la série mamé(e), mamet(te), un terme affectif qui désigne la « grand-mère ». Contrairement aux deux termes précédents, ces termes empruntés à l’occitan ont une aire d’emploi plus restreinte, puisqu’ils sont surtout connus dans les départements du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse :

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Répartition et vitalité des mots « mamé(e) », « mamet » et « mamette »dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Connaissez-vous ces mots, les employez-vous dans vos conversations quotidiennes ? Dites-le-nous en participant à notre grande enquête sur les mots et les expressions de nos régions, et faites suivre autour de vous !

 

Dégun

Le mot dégun, , qui signifie personne (comme dans l’expression il y a dégun), vient de faire une entrée remarquée dans la nouvelle édition du Petit Robert:

D’après le Dictionnaire des Régionalismes de France (Rézeau 2001), le mot a été emprunté à date récente au dialecte provençal. Il serait emblématique du parler de Marseille et du Sud-Est, si l’on en croit ce post de la ville de Marseille:

L’enquête « le français de nos régions« , à laquelle près de 10’000 participants ont répondu, nous a permis de préciser l’aire d’extension de ce terme. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le mot est bien attesté dans le Sud-Est, mais il est également employé dans le Sud-Ouest et sporadiquement au-delà.

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Répartition et vitalité du mot « dégun » dans l’enquête Euro-2. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.