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Français de nos régions

La « serpillière »

Il y a près d’un an, nous vous présentions les premières cartes issues de la première enquête « le français de nos régions« . Nous avions choisi de présenter les dénominations régionales les plus fréquentes du morceau de tissu épais que l’on utilise pour nettoyer les sols, et que l’on appelle français commun « serpillière » (cliquez ici pour accéder au billet). Nous avions aussi promis une mise à jour, la voici.

La carte ci-dessous a été produite à partir des réponses de près de 12’000 participants francophones ayant passé une grande partie de leur enfance en Belgique, en France ou en Suisse. Elle représente la répartition géographique de plus d’une dizaine de termes:

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Les dénominations de la « serpillière » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants.

Comme on peut le voir, seuls les mots « serpillière » et « chiffon » n’ont pas une distribution spatialement contrainte dans la francophonie d’Europe. Tous les autres termes sont propres à une région (plus ou moins grande). Examinons-les les uns à la suite des autres…

Torchon, wassingue, loque

On commence avec le Nord de la francophonie d’Europe, qui inclut la Belgique, la région que l’on nommait naguère Nord-pas-Calais, la Picardie et les Ardennes. Sur ce petit territoire, trois principaux termes sont en usage, comme le montrent les trois cartes suivantes :

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 Répartition et vitalité des termes « torchon », « wassingue » et « loque » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou par province (BE) est élevé.

En Belgique, ce sont le terme « torchon » est connu de toute la communauté Wallonie-Bruxelles, alors que le terme « loque » y est moins fréquent : il est surtout connu dans la province du Luxembourg. En France, c’est dans les Ardennes et les départements voisins que l’on pourra entendre ce mot.

Bâche

Un peu plus au sud-ouest du Nord de la francophonie, on trouve le mot « bâche »:

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Vitalité et répartition du terme « pièce » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département.

Patte, panosse

Dans le domaine où l’on parlait des dialectes francoprovençaux, c’est le mot panosse qui est le plus fréquent. Sur ce territoire, on connait également le mot « patte », qui occupe une aire plus large (il est néanmoins étrangement inconnu dans les départements de la Drôme, de l’Ardèche et de l’Isère – du moins avec le sens de « serpillière »).

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Répartition et vitalité des termes « panosse » et »patte » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR) ou par canton (CH) est élevé.

Pièce

Dans le Sud-Est de la France, c’est le terme « pièce » qui est le mot régional désignant la serpillière qui arrive en tête du sondage :

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Vitalité et répartition du terme « pièce » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département.

 

Cinse

A l’Ouest du territoire, le mot « cinse » est celui qui est le plus utilisé par les participants de notre enquête:

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Vitalité et répartition du terme « cinse » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département.

Toile

Enfin, au Nord-Ouest de la France, c’est le mot « toile » qui a été plébiscité :

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Vitalité et répartition du terme « toile » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département.

Le saviez-vous ?

La plupart des aires des mots régionaux désignant la « serpillière » calquent les aires des mots correspondants en patois. La numérisation des données des atlas dialectaux  est en cours, et cela fera l’objet d’un nouveau billet.

NB:

Les cartes présentées sur ce billet ne reflètent pas la totalité des dénominations de la serpillière dans les français régionaux. Nous n’avons pas recueillé d’attestation pour les mots « peille », « gueille », « lave-pont » ou « emballage ». Pour participer aux enquêtes, c’est par ici.

Nareux et clencher

Dans un billet récent publié sur le site y’a pas le feu au lac,  la blogueuse Kantu (une expat’ suisse en France)  fait état de quelques régionalismes du français de Lorraine, tout en précisant que parmi ceux-ci, certains sont employés en dehors de la Lorraine. Nombreux des mots mentionnés sur son blog étaient présents dans les enquêtes du projet le français de nos régions. Nous faisons le point dans ce billet sur deux d’entre eux.

(Être) nareux

D’après le Dictionnaire des Régionalismes de France (DRF, p. 701), l’adjectif nareux (ou sa variante néreux) qualifie une personne « difficile sur la nourriture et tout ce qui touche la propreté de la table; qui éprouve facilement du dégoût ». D’après le DRF, ce mot serait un dialectalisme (c’est-à-dire un mot emprunté aux patois), et serait essentiellement employé dans le Nord-Est de la France. Le Dictionnaire des Belgicismes (DicBel) mentionne également que le terme est usité dans les provinces de Namur et du Luxembourg.  La carte générée à partir des 9’000 réponses obtenues pour l’enquête Euro-2 (cliquez sur ce lien pour y participer) livre des résultats en accord avec ceux du DRF et du DicBel :

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Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué utiliser le mot nareux. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Clencher

Comment nommez-vous « l’action de fermer une porte » ?  Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous (qui est remarquablement similaire à celle que l’on trouve dans le DRF, p. 274 en ce qui concerne l’Hexagone), c’est le terme clencher que les participants originaires de Lorraine et de Normandie ont choisi quand ils ont pris part à l’enquête Euro-1 (cliquez sur ce lien pour participer). Notons que l’on retrouve ce type lexical en Belgique (sous la variante clinche, d’après le DicBel).

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Pourcentage de participants à l’Enquête Euro-1 ayant indiqué utiliser le mot clencher. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Terminons en soulignant que le mot « clencher »est également employé au Québec, où il a été importé par les colons Normands au XVIIe siècle (comme le souligne à juste titre Kantu dans son billet).

Pour participer aux enquêtes et nous aider à compléter notre connaissance sur la variation géographique du français dans l’espace, cliquez sur ce lien !

Des mots occitans

Dans un précédent billet, nous vous parlions de l’entrée dans le dictionnaire du mot dégun, qui signifie « personne ». Dans des billets plus anciens, nous avions aussi vu que les francophones du Sud-Ouest avaient des façons bien particulières de nommer le « sac plastique avec lequel on fait ses commissions » (voir le billet) ou la viennoiserie fourrée d’une barre de chocolat (que l’on nomme en français commun pain au chocolat, voir ce billet). Ce billet est consacré aux mots empruntés à l’occitan, et plus spécialement à l’un de ses nombreux dialectes.

Péguer

Nous commençons avec le mot péguer (passé en français via l’occitan pegar), qui signifie « coller légèrement ». Ce mot n’a pas d’équivalent en français commun, si bien qu’il est connu par une grande partie de la population interrogée (avec mon frère, quand on était petits et qu’on renversait du sirop ou du coca sur le sol, notre mère qui a passé une partie de son enfance dans l’Aveyron criait de faire attention, car ça allait « péguer »). On remarque toutefois que c’est surtout sur une large frange méditerranéenne que ce régionalisme est employé :

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Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué utiliser le mot péguer. les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Escagasser

Un autre terme qui n’a pas d’équivalent en français standard, et que l’on utilise comme synonyme « d’abîmer » (ou de « taper sur les nerfs », d’autres sens sont aussi connus) : escagasser. Emprunté au provençal lui aussi (on reconnait la racine caga), ce mot occupe la même aire que péguer, bien que les pourcentages de vitalité soient plus faibles d’un département à l’autre :

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Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué utiliser le mot escagasser. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Mamé(e), mamet(te)

Enfin, nous terminerons avec la série mamé(e), mamet(te), un terme affectif qui désigne la « grand-mère ». Contrairement aux deux termes précédents, ces termes empruntés à l’occitan ont une aire d’emploi plus restreinte, puisqu’ils sont surtout connus dans les départements du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse :

mamé

Connaissez-vous ces mots, les employez-vous dans vos conversations quotidiennes ? Dites-le-nous en participant à notre grande enquête sur les mots et les expressions de nos régions, et faites suivre autour de vous !

 

Dégun

Le mot dégun, , qui signifie personne (comme dans l’expression il y a dégun), vient de faire une entrée remarquée dans la nouvelle édition du Petit Robert:

D’après le Dictionnaire des Régionalismes de France (Rézeau 2001), le mot a été emprunté à date récente au dialecte provençal. Il serait emblématique du parler de Marseille et du Sud-Est, si l’on en croit ce post de la ville de Marseille:

L’enquête « le français de nos régions« , à laquelle près de 10’000 participants ont répondu, nous a permis de préciser l’aire d’extension de ce terme. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le mot est bien attesté dans le Sud-Est, mais il est également employé dans le Sud-Ouest et sporadiquement au-delà.

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Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué utiliser le mot dégun. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Utilisez-vous le mot dégun ? Qu’en est-il des autres mots régionaux ? Aidez-nous à compléter notre atlas en participant à l’une de nos enquêtes sur le français de nos régions (cliquez ici pour accéder aux liens des enquêtes).

Le canton de Vaud

Pour un étranger, l’accent romand le plus emblématique est celui du canton de Vaud. Dans ce billet, nous nous intéressons à des deux spécialités du français parlé dans ce canton.

La mouillure des finales féminines

Sous cette appellation un peu barbare, on désigne la prononciation finale -éye des mots qui se terminent en -ée, les mots comme dictée, journée, prononcés dictéye, journéye. Pour distinguer le masculin du féminin, le français de Suisse romande oppose les voyelles brèves (mangé [e]) et les voyelles longues (mangée [e:]), comme on le faisait en français parisien jusqu’au 19ème siècle (c’est aussi la règle dans la plupart de nos patois francoprovençaux). Parfois , il arrive que cet allongement provoque une diphtongaison de la voyelle, c’est-à-dire l’apparition d’un [j] final [e:j]. Aujourd’hui, si cette particularité survit fort bien dans le canton de Vaud, elle demeure assez vivante dans le canton de Genève, et est attestée dans toutes les localités périphériques du canton de Vaud. C’est du moins ce que montre la carte ci-dessous:

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Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué prononcer journée, dictée avec un e mouillé, c.-à-d. journéye, dictéye. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Comment expliquer le maintien d’un tel phénomène ? Une des hypothèse serait que cette prononciation continue de se transmettre sous l’influence des instituteurs, qui se servent de cet indice dans les dictées, pour sensibiliser les élèves aux règles d’accord.

Le ça ‘vaudois’

Une autre particularité, qui touche non pas à la prononciation cette fois-ci, mais à l’ordre des mots, concerne le ça dit ‘vaudois’, un ça que l’on peut entendre dans des phrases comme : il veut ça manger, il ça prend. En français standard, l’équivalent de ces phrases serait : il veut manger ça ; il prend ça. La carte ci-dessous, générée à part des résultats des enquêtes « le français de nos régions », nous permet de préciser l’aire d’extension de ce phénomène syntaxique. Sans surprise, c’est dans le canton de Vaud que l’usage de ce ça « exotique » est le plus fréquent. Mais on peut l’entendre également dans le canton de Fribourg, et plus sporadiquement ailleurs:

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Pourcentage de participants aux enquêtes Euro-1 et ANJ ayant indiqué utiliser le ça antéposé, comme dans la phrase je ça montre. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Selon toutes vraisemblance, l’existence de ce ça serait due à une interférence avec les patois locaux. Dans le patois du canton de Vaud,  le pronom cein (équivalent de notre ça), se place avant le verbe (on m’a cein contâ – on m’a ça raconté ; on pâo pas cein dèvortolyî – on ne peut pas ça détortiller, exemples tirés de l’ouvrage Le patois vaudois de Reymond & Bossard, 1982). La règle du patois aurait été adaptée en français, et aujourd’hui la forme continue d’exister.

Faites-vous partie des gens qui utilisent ces expressions? Dites-le-nous en participant à l’une de nos enquêtes !

Des germanismes

Les français régionaux regorgent de mots empruntés à d’autres langues ou dialectes. Dans ce billet, nous nous intéressons aux germanismes, c’est-à-dire aux mots empruntés à l’allemand ou à l’un des nombreux dialectes alémaniques.

Les enquêtes « Le français de nos régions » nous ont permis de montrer, sans surprise, que c’est surtout sur la frange orientale de la région Alsace-Lorraine et en Suisse romande que le pourcentage de mots d’origine germanique employés était le plus élevé, bien que ces deux territoires ne connaissent pas la même situation linguistique (en Suisse romande, les dialectes germaniques ne constituent pas des substrats, contrairement aux départements du Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle, où le français a été une langue seconde pour de nombreux locuteurs jusqu’à il y a peu). De façon plus intéressante, les résultats ont révélé des distributions différentes des mots entre ces deux régions.

foehn

Commençons avec le terme « foehn », qui désigne ce qu’on appelle en français standard un « sèche-cheveux ». D’après le Dictionnaire Suisse Romand [ci-après DSR] et le Dictionnaire des Régionalismes du Français d’Alsace [ci-après DRFA], ce terme aurait été emprunté à l’allemand Föhn, qui désigne à l’origine un vent chaud venu du sud (c’est d’ailleurs dans ce sens que la plupart des francophones utilisent ce terme) mais qui est aussi utilisé métaphoriquement pour désigner le sèche-cheveux. D’après notre enquête, le terme jouit d’une vitalité plus élevée en Suisse romande que dans les départements du Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, en Suisse romande, le terme est employé par plus de 90% des participants, alors que dans les départements à substrat germanique de la France, ce pourcentage tombe à 50%.

foehn
Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué employer le mot foehn pour désigner un sèche-cheveux. Les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

shlappe

La carte suivante présente le pourcentage d’emploi du mot « shlappe », que l’on emploie pour désigner ce qu’on appelle en français standard des « chaussons » ou plus familièrement des « pantoufles ». La carte montre que ce terme est connu et employé en France comme en Suisse mais, contrairement à ce que l’on a pu voir pour foehn, c’est dans les départements français limitrophes de l’Allemagne que le pourcentage d’utilisation de ce mot est le plus élevé. Notons que le terme connait de nombreuses variantes (schloppe, schlops, schlaps, schlarps, etc.). Elles ne sont pas représentées sur la carte ci-dessous.

schlappe
Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué employer le mot schlappe (ou l’une de ses variantes) pour désigner les chaussons. les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

schluck 

Le troisième et dernier terme, « schluck » (prononcé « schlouk »), vraisemblablement emprunté au suisse allemand en Suisse (DSR) et à l’alsacien en France (DRFA), connait une distribution dans l’espace différente de ce que nous avons pu observer pour les termes « foehn » et « schlappe ». Comme le montre la carte ci-dessous, le terme jouit d’une aire d’usage assez vaste dans l’Est de la France, bien qu’il soit plus utilisé dans les départements jouxtant l’Allemagne que dans les autres départements de la région Alsace-Lorraine. En Suisse romande, comme le signale le DSR, le terme est connu partout, mais c’est surtout dans les cantons de l’Arc Jurassien (Berne, Jura et Neuchâtel) que le terme est employé :

schluck
Pourcentage de participants à l’enquête Euro-2 ayant indiqué employer le mot schluck pour désigner une gorgée. les points représentent les codes postaux de la localité d’enfance des participants.

Du travail reste à fournir pour expliquer ces différences de distribution. Pour ce faire, une étude plus complète des aires d’emploi des mots du français régional empruntés à l’allemand ou aux dialectes germaniques doit être entreprise. Vous vivez en Suisse romande, en Alsace ou en Lorraine ? Aidez-nous en répondant à cette nouvelle enquête, consacrée aux germanismes.

Enquêtes : les consonnes, les germanismes et les antillanismes

Vous avez été près de 50’000 personnes à avoir pris part à nos enquêtes (la plus ancienne a été lancée le 15 mai 2015). Merci !

Nous avons concocté trois nouvelles enquêtes, qui visent des domaines très ciblés:

La prononciation des consonnes finales de mot (Europe)

Prononcez-vous le -t final du mot vingt, ou le -s final du mot moins ? Jetez un œil aux résultats ici, participez à l’enquête en cliquant ici !

La prononciation des voyelles (Europe)

Faites-vous la différence quand vous parlez entre la paume de la main et la pomme que l’on mange ? distinguez-vous à l’oral le féminin du masculin pour des mots comme nu/nue, lit/lie ou dicté/dictée ? Cliquez sur ce lien pour participer à l’enquête !

Les germanismes du français (Alsace/Lorraine, Suisse romande)

« le fatre a schlagué le katz avec un chteucre ! » – Ces mots vous disent-ils quelque chose ? Jetez un oeil aux premiers résultats ici, participez à l’enquête en cliquant ici !

Le français parlé dans les Antilles 

Lancée avec la collaboration d’André Thibault (Université Paris Sorbonne), cette enquête vise à mieux comprendre quelles sont les spécificités lexicales, syntaxiques et phoniques du français parlé  en Haïti,  en Martinique et en Gaudeloupe. Cliquez ici pour participer !

Pour participer aux anciennes enquêtes, c’est cliquez sur ce lien.

Résultats du quiz sur les accents des Romands

A l’occasion de la  21ème semaine de la langue française et de la francophonie, nous avons conçu en partenariat avec la Délégation à la Langue Française de Suisse romande le quiz des accents Romands. Dans ce quiz, il fallait écouter 14 morceaux de conversation, et identifier, après l’écoute de chaque extrait, le canton d’origine du locuteur de l’extrait.

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Il s’agissait pour cela de cliquer sur l’un des 7 cantons colorés d’une carte de la Suisse romande, que nous reproduisons ci-dessus.

Les participants

Au total, plus de 1500 internautes (autant d’hommes que de femmes, 36% d’entre eux ayant entre 20 et 30 ans) ont participé à ce quiz entre le 19 février 2016 et le 10 mars 2016.

Résultats

En moyenne, les participants ont obtenu un score de 5 bonnes réponses sur 14, et les meilleurs participants (9 au total) ont réussi à identifier correctement 11 locuteurs. Le graphe à gauche ci-dessous permet de voir comment les scores des participants se distribuent. Globalement, il ressort que les locuteurs de Vaud et de Genève sont les mieux reconnus, les moins bien reconnus étant ceux des cantons de l’Arc Jurassien. Ceux des cantons du Valais/Fribourg sont identifiés avec des scores intermédiaires, comme on peut le voir sur le graphe de droite ci-dessous:

Regardons à présent de plus près comment les locuteurs ont été identifiés. Sur les cartes ci-dessous, les zones de chaleur permettent de voir quelles sont les zones où les participants ont le plus cliqué. Il y a une carte associée à chaque extrait sonore, et deux extraits sonores par canton, soit 14 cartes au total.

Les locuteurs du canton de Berne (BE)

Pour ce canton, nous avions sélectionné un locuteur originaire de la ville de Bienne (né en 1923) et un locuteur de la ville de Saint-Imier (né en 1990). La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Bienne:

1_BE_bienne_1923

La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Saint-Imier:

8_BE_saint-imier_1990

Comme on peut le voir sur les deux cartes, les participants ont souvent identifié les locuteurs du canton de Bern comme originaires du canton de Neuchâtel. Pour le locuteur de Bienne, la réponse Neuchâtel a été donné majoritairement par 38% des partcipants (les cantons de Bern et du Jura arrivent en seconde position, emportant 15% des suffrages chacun). Pour le locuteur de Saint-Imier, la réponse Neuchâtel arrive également en tête avec 27% des réponses, contre 20% pour le canton de Bern (15% pour le Jura et Vaud).

Les locuteurs du canton de Fribourg (FR)

Pour ce canton, nous avions sélectionné un locuteur (né en 1923) originaire de la capitale du canton (la ville de Fribourg)  et un locuteur de la ville de Gruyères (né en 1959). La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Fribourg:

12_FR_fribourg_1928

La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Gruyères:

7_FR_gruyères_1959

Comme on peut le voir sur les deux cartes, les locuteurs du canton de Fribourg sont souvent confondus avec les Valaisans. Le locuteur de Fribourg a été identifié comme Fribourgeois dans 35% des cas, comme Valaisan dans 28% des cas. Quant au locuteur de Gruyères, c’est l’inverse: il a été identifié à 38% comme Valaisan, et à 30% comme Fribourgeois !

Les locuteurs du canton du Valais (VS)

Pour le canton du Valais, nous avions sélectionné un locuteur originaire de l’ouest du canton (Martigny) et un locuteur du village d’Isérables. Les deux locuteurs né en 1984 et en 1926, respectivement. La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Martigny:

6_VS_martigny_1984

La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur originaire d’Isérables:

3_VS_isérables_1926

La carte des résultats du locuteur de Martigny montre que le locuteur a majoritairement été identifié correctement (32% de réponses pour le Valais), mais que les participants ont hésité avec les cantons de Fribourg (19%, de Vaud, 18%, de Neuchâtel 12%, et de Genève, 8%). Quant au locuteur d’Isérables, il a plus souvent été catégorisé comme Fribourgeois que comme Valaisan (36% vs 35%).

Les locuteurs du canton de Genève (GE)

Les représentants du canton de Genève étaient originaire de la ville éponyme (il s’agit d’une personne née en 1941) et du village de Puplinge (le locuteur est né en 1941). La carte ci-dessous donne les résultats de l’identification du locuteur de la ville de Genève :

5_GE_genève_1954

Quant à la carte ci-dessous, elle permet de voir les réponses attribuées au locuteur de Puplinge:

13_GE_campagne_1941

Que ce soit pour le locuteur de la ville de Genève ou pour celui de Puplinge, les résultats du quiz sont les mêmes. le taux d’identification correcte avoisine dans les deux cas les 70%.

Les locuteurs du canton de Neuchâtel (NE)

Pour le canton de Neuchâtel, nous avons sélectionné un locuteur originaire de la Chaux-de-Fonds (il est né en 1981) et un locuteur de la ville de Neuchâtel (né en 1960). La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur du littoral:

11_NE_bas_1960

La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur de la Chaux-de-Fonds:

2_NE_haut_1981

Alors que le locuteur du « Bas » a obtenu un score d’identification correcte de 28% (il est souvent considéré comme Genevois à 20%), le locuteur du « Haut » a été identifié comme Bernois à 27%, comme Neuchpatelois à 19% et comme Neuchâtelois à 25%.

Les locuteurs du canton de Vaud (VD)

Pour le canton de Vaud, nous avons sélectionné un locuteur originaire de Lausanne (il est né en 1925) et un locuteur de la ville de Vallorbe (né en 1928). La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur de Lausanne:

4_VD_lausanne_1925

La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur de Vallorbe:

10_VD_vallorbe_1928

Comme on peut le voir sur ces deux cartes, le locuteur de Lausanne a été identifié correctement par la majorité des répondants (73% de bonnes réponses), alors que les répondants sont plus indécis quand il s’agit du locuteur de Vallorbe (il a été identifié à 41% comme Vaudois, mais à 20% comme Fribourgeois,  à 14% comme Genevois).

Les locuteurs du canton du Jura (JU)

Pour le canton du Jura, nous avons sélectionné un locuteur originaire de Porrentruy (il est né en 1953) et un locuteur de la ville de Delémont (né en 1965). La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur de Porrentruy:

14_JU_porrentruy_1953

La carte ci-dessous présente les résultats obtenus pour le locuteur de Delémont:

9_JU_delémont_1965

En moyenne, les participants ont hésité entre les cantons de Neuchâtel, du Jura et de Berne (les réponses pour chacun de ces cantons oscillent autour des 20%, et cumulent donc à eux trois 60% des réponses).

Discussion

Au total, il ressort que les « mauvais » résultats semblent s’expliquer par le fait que certains accents sont plus proches les uns des autres que d’autres… Différentes méthode de classification automatique ont été appliquées afin de voir quels sont les groupes qui émergent. Nous présentons ci-dessous un dendrogramme issu d’un classification hiérarchique agglomérative des réponses des auditeurs :

Rplot02

Sur ce graphe, on peut voir que les auditeurs du quiz sont capables de distinguer 4 types d’accents : les accents de l’Arc jurassien (cantons BE, JU et NE), les accents des cantons du sud-est (FR et VS) , les accents du canton de Vaud et les accents du canton de Genève. Dans un prochain billet, on essaiera d’expliquer quels sont les indices phoniques qui déclenchent, dans la perception, le fait que l’on identifie un locuteur donné comme originaire de tel ou tel canton…

Remerciements

Les résultats de ce quiz ont été présentés lors d’une conférence tout public à Neuchâtel le 15 mars 2016 (plus d’infos ici). Les fichiers sons ont été tirés de la base de données OFROM. Le quiz a été diffusé grâce à l’aide des universités de Neuchâtel et de Genève.

vingT et moinS

Prononcez-vous la consonne finale du mot vingt et celle du mot moins ?

La plupart des dictionnaires du français (le Littré, le Robert ou le Larousse, pour ne citer que ceux-ci), de même que le Dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel d’André Martinet et de Henriette Walter, indiquent que ces mots se prononcent sans consonne finale audible.  La page Wikipédia consacrée à la prononciation du français est moins catégorique, et précise que le mot vingt « se prononce parfois [avec un -t final audible] quand le mot est isolé ou en fin de phrase ». Ailleurs sur Internet (voir notamment ici), on peut lire que la consonne -t finale semble n’être prononcée que par les locuteurs de certaines régions, en particulier de l’Est de la France… Quant la consonne finale du mot moins,  les internautes sont plus partagés (voir par exemple ici), même s’il ressort que c’est apparemment dans le Sud de la France que cette consonne s’entend (c’est aussi ce que laisse penser l’accent des chanteurs du groupe ‘les Fabulous Troubadours’, chez qui on peut entendre le mot moins prononcé avec sa consonne finale dans cette chanson).

Dans l’une des enquêtes consacrées au français parlé de nos régions, nous avons cherché  à apporter des éléments de réflexion pour faire avancer le problème, notamment pour vérifier si la prononciation des mots vingt et moins avec ou sans consonne finale audible variait selon les régions, et, le cas échéant, lesquelles.

Les  réponses de près de 10’000 internautes, originaires pour la plupart de France, de Suisse romande et de Belgique, nous ont permis d’y voir plus clair. Sur les cartes ci-dessous, nous avons signalé par un point les localités où les participants ont indiqué avoir passé la plus grande partie de leur enfance et indiqué prononcer le mot en question avec sa consonne finale. Nous avons également calculé, pour chaque département, le pourcentage des participants ayant déclaré prononcé la consonne finale par rapport au nombre de participants ayant déclaré ne pas les prononcer.

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le pourcentage de participants ayant indiqué prononcer la consonne finale du mot vingt est plus élevé dans les départements du Nord et l’Est de la France, ainsi qu’en Suisse et en Belgique:

vingt

On soulignera aussi le fait suivant : bien que cette prononciation « marquée » par rapport aux dictionnaires de référence soit connue aussi ailleurs (on peut voir plusieurs attestations à Paris et l’Île-de-France, ainsi que dans la partie méridionale de l’Hexagone), sa faible fréquence montre qu’elle reste très minoritaire dans les autres régions.

Quand à la carte ci-après, elle confirme que le pourcentage de participants ayant indiqué prononcer la consonne finale du mot moins est plus élevé dans le Sud qu’ailleurs en France :

moins

On remarquera que la prononciation du -s final est beaucoup moins fréquente dans le Sud-Est de la France que dans le Sud-Ouest ! Comme pour le mot vingt, cette prononciation peut s’entendre ailleurs, mais elle est clairement minoritaire.

Aidez-nous à compléter ce tableau en répondant à notre nouvelle enquête sur la prononciation des consonnes (5 questions uniquement). Cliquez ici pour participer !

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