La serpillière 2.0

Il y a près d’un an, nous vous présentions les premières cartes issues de la première enquête « le français de nos régions« . Nous avions choisi de présenter les dénominations régionales les plus fréquentes du morceau de tissu épais que l’on utilise pour nettoyer les sols, et que l’on appelle français commun « serpillière » (cliquez ici pour accéder au billet). Nous avions aussi promis une mise à jour, la voici.

La carte ci-dessous a été produite à partir des réponses de près de 12’000 participants francophones ayant passé une grande partie de leur enfance en Belgique, en France ou en Suisse. Elle représente la répartition géographique de plus d’une dizaine de mots :

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Figure 1. Les dénominations de la « serpillière » en français régional, d’après les résultats de l’enquête Euro-1.

Comme on peut le voir, seuls les mots « serpillière » et « chiffon » n’ont pas une distribution spatialement contrainte dans la francophonie d’Europe. Tous les autres termes sont propres à une région (plus ou moins grande). Examinons-les les uns à la suite des autres…

Torchon, wassingue, loque

On commence avec le Nord de la francophonie d’Europe, qui inclut la Belgique, la région que l’on nommait naguère Nord-pas-Calais, la Picardie et les Ardennes. Sur ce petit territoire, trois principaux termes sont en usage, comme le montrent les trois cartes suivantes :

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Figure 2.  Répartition et vitalité des mots « torchon », « wassingue » et « loque » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

En Belgique, ce sont le terme « torchon » est connu de toute la communauté Wallonie-Bruxelles, alors que le terme « loque » y est moins fréquent : il est surtout connu dans la province du Luxembourg. En France, c’est dans les Ardennes et les départements voisins que l’on pourra entendre ce mot.

Patte, panosse

Dans le domaine où l’on parlait des dialectes francoprovençaux, c’est le mot panosse qui est le plus fréquent. Sur ce territoire, on connait également le mot « patte », qui occupe une aire plus large (il est néanmoins étrangement inconnu dans les départements de la Drôme, de l’Ardèche et de l’Isère – du moins avec le sens de « serpillière »).

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Figure 3. Répartition et vitalité des mots « panosse » et »patte » dans l’enquête Euro-1. Chaque point représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Pièce

Dans le Sud-Est de la France, c’est le mot « pièce » qui est le mot régional désignant la serpillière qui arrive en tête du sondage :

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Figure 4. Vitalité et répartition du mot « pièce » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Cinse

A l’Ouest du territoire, le mot « cinse » est celui qui est le plus utilisé par les participants de notre enquête:

cinse_euro

Figure 5. Vitalité et répartition du mot « cinse » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Toile

Enfin, au Nord-Ouest de la France, c’est le mot « toile » qui a été plébiscité :

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Figure 6. Vitalité et répartition du mot « toile » dans l’enquête Euro-1. Les points indiquent les codes postaux des localités d’enfance des participants, les couleurs sombres indiquent un pourcentage plus ou moins élevé de participants ayant indiqué utiliser ce mot par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Aidez-nous

En répondant à quelques questions sur les régionalismes et l’usage que vous en faites (le sondage dure moins de 10 minutes, et accessible ici).

NB:

Nous avons fourni des cartes de détails pour les types lexicaux les plus courants, et avons laissé de côté les mots moins fréquents comme « peille », « gueille », « lave-pont », etc. La plupart des aires des mots régionaux désignant la « serpillière » calquent les aires des mots correspondants en patois. La numérisation des données des atlas dialectaux  est en cours, et cela fera l’objet d’un nouveau billet.

A propos Mathieu Avanzi

Mathieu Avanzi est linguiste. Il a défendu une thèse portant sur l'intonation du français en 2011, et effectué plusieurs postdocs en France (Paris), en Suisse (Neuchâtel, Genève et Zurich) et en Angleterre (Cambridge). Il travaille actuellement en tant que chargé de recherche à l'université catholique de Louvain (Belgique). Ses travaux portent sur la géographie linguistique du français.

8 réponses

  1. B. Soumille

    Cet article me paraît singulièrement imprécis, tant sur la question du savoir que sur sa répartition
    1 le terme ‘pate », avec un seul t, était employé par mes deux grands-mères, l’une de Bollène, dans le Vaucluse., la 2nde de Donzère., dans la Drôme. J’ai entendu très souvent employer ce mot à Avignon il y a pas mal d’années. Ces 3 localités sont en Provence.
    2 j’ai appris le provençal avec un professeur afin de pouvoir lire les poèmes de Frédéric mistral dans la langue où ils ont été écrits. Cet enseignant m’ appris le vocabulaire courant., en orthographiant ce mot PATO. Ce mot est présent dans plusieurs dictionnaires de langue provençale sous cette orthographe et a ke sens de chiffon, tout objet en tissu servant à nettoyer.
    3 il me paraît hasardeux de tirer des conclusions à partir d’un mot isolé, d’autant que ka wassingue sert uniquement à nettoyer les sols.

    1. Bonjour, et merci pour votre message. Je me permets de vous répondre car il y a un malentendu. Le mot « patte » (que l’on écrit bien avec deux « t » en français standard (voire les dictionnaires de référence, notamment le Trésor de Langue Française : http://atilf.atilf.fr/tlf.htm) peut signifier en effet , il peut même qualifier une personne (une « patte » c’est aussi une ). La question ici portait sur les synonymes de « serpillière » (à l’instar de « patte », de « panosse », de « torchon » – qui eux aussi ont des sens différents), la carte montre donc l’extension géographique du mot « patte » comme désignant le , et c’est tout. Elle n’a pas pour vocation de cartographier l’usage du mot « patte » sous toutes ses acceptions possibles. Quant à la question de l’extension géographique du mot « patte » au sens de , elle a été posée dans une autre enquête (https://neuchatel.eu.qualtrics.com/jfe/form/SV_ePrdYtr93Llhxrv), et fera l’objet d’une autre carte et d’un autre billet 🙂

  2. En ruskall/vieux cauchois, on dit – Vaðrugg: [vadruï] f.s.
    « toile à pavé » de boulanger, « serpillière » (du norrois Vaða: « patauger/mouiller » & Rugg: « bercement/balancement »).
    Toile mauvais franco-patois pour « serpillère » est à l’acculturation, en ruskall – Toall: [toaï] f.s.
    « serviette/essuie-mains//linge de table/set de table » (du norrois Toa: « linge », qui donna l’english Towaile).

  3. Tangi

    Un linguiste qui utilise le terme patois… Franchement!
    Le sens péjoratif de ce terme et son absence totale de fondement scientifique devrait le faire bannir de toute conversation un peu sérieuse.

    Sinon en Bretagne nous faisons une différence entre serpillère et torchon. Le premier est pour laver le sol et le second pour une utilisation plus générale. Et pour ce second nous employons beaucoup le mot issu de notre LANGUE « pilhoù »

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