L’évolution des dénominations de la ‘fête de village’ (1906-2016)

Dans nos précédents billets, on vous parlait des différences de prononciation qu’il existe d’une région à l’autre de la francophonie d’Europe (ces mots qui ne se prononcent pas de la même façon d’un bout à l’autre de la France, ‘pneu’ ou ‘peneu’ ?, ces mots qui ont plusieurs prononciations). Avec ce nouvel article, on quitte le domaine de la phonétique pour retrouver celui du vocabulaire, et des rapports entre dialectes galloromans et français régionaux.

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On traitera d’un cas classique en dialectologie française : les dénominations de la fête au village.

En France, en Belgique et en Suisse comme dans de nombreux autres pays de l’ancien Empire romain, la période estivale est ponctuée de « fêtes de village », à l’occasion desquelles on célébrait originellement le saint patron de la localité, et par là-même le début, une trêve ou la fin des gros travaux agricoles. Aujourd’hui, les origines religieuses et liées au rythme de la vie rurale de ces fêtes ont tendance à être oubliées. Mais le contenu en reste grosso modo le même qu’il y a un siècle : les réjouissances s’étalent sur un ou plusieurs jours, s’accompagnent d’un grand repas pris en commun, d’un bal et de diverses autres attractions pour les petits et les grands (tombola, concours de pétanque, manèges ou carrousels, vente de produits locaux, etc.).

Les enquêtes “Français de nos régions”

Depuis près de deux ans, nous cherchons à cartographier l’aire d’extension de certains régionalismes du français, c’est-à-dire de faits linguistiques qui ne sont employés ou connus que sur une certaine partie du territoire. Pour ce faire, nous avons mis en place des sondages comprenant une trentaine de questions, sondages dans lesquels nous demandons à des internautes de cocher dans une liste le/les mots qui s’applique(nt) le mieux dans leur usage pour dénommer un certain objet ou une certaine action.

Vous pouvez vous aussi participer à nos enquêtes! Pour cela, il vous suffit de cliquer sur ce lien si vous avez grandi en Europe (🇫🇷🇨🇭🇧🇪🇱🇺), sur ce lien si vous avez grandi en Amérique du Nord (🇨🇦🇺🇸🇭🇹🇫🇷), et de vous laisser guider ! Plus le nombre de participants aux enquêtes est élevé, plus les résultats de nos cartes seront fiables. Les enquêtes sont anonymes et gratuites. Y participer ne devrait pas vous prendre plus de 10 minutes (on peut y prendre part depuis son ordinateur, sa tablette ou son téléphone, il suffit juste d’avoir une connexion internet).

Dans l’une de nos précédentes enquêtes, nous posions la question suivante : “Comment appelez-vous la fête de votre village ou de votre quartier, qui a lieu en général une fois par an ?”. La question était suivie d’une quinzaine de propositions, extraites pour la plupart du Dictionnaire des régionalismes de France (DRF), édité par P. Rézeau en 2001.

Les réponses possibles, classées par ordre alphabétique, étaient: abbaye, apport, assemblée, ballade, bote, didace, ducasse, festin, fête votive, frairie, kilbe, messti, préveil, reinage, romérage, Saint-Martin, vogue, vote, autre (précisez).

Au total, nous avons analysé les réponses de plus de 7.800 personnes (6.300 ayant passé la plus grande partie de leur jeunesse en France, 1.200 en Suisse et 300 en Belgique). Nous avons comptabilisé le nombre de participants pour chaque arrondissement de France et de Belgique, ainsi que pour chaque district de Suisse romande, puis établi le pourcentage de chacune des réponses. Nous avons alors conservé pour chaque point du réseau la réponse qui avait obtenu le pourcentage le plus élevé. Nous avons ensuite utilisé des techniques de classification automatique en vue d’interpoler les données entre les points, de sorte que l’on obtienne une représentation graphique « lissée » et continue.

La carte ci-dessous a été générée avec le logiciel R, à l’aide (entre autres) des packages ggplot2, raster et kknn. J’en profite pour remercier Timo Grossenbacher qui a bien voulu me donner un coup de main pour la mise au point de mon script !

Les dénominations de la fête au village en 2016

Les résultats nous ont permis d’élaborer la carte ci-dessous, où l’on peut voir que de nombreux francophones, en Europe, n’ont pas de mots spécifiques pour désigner l’événement annuel organisé en hommage au saint patron de la localité où ils ont passé leur enfance. Ce sont les zones en grisé clair, où la réponse donnée la plus fréquemment est fête (au village). Ailleurs, nous avons pu délimiter avec précision l’aire de plus d’une douzaine de variantes.

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Figure 1. Les dénominations de la fête de village d’après les enquêtes Français de nos régions (2016/2017).

Dans le nord du domaine, on trouve les aires de ducasse et de kermesse. La variante ducasse (on vous en parlait ici, v. également l’article du TLFi), à rapprocher du mot dédidace (« commémoration annuelle de la consécration de l’église », d’après le Dictionnaire des belgicismes de M. Francard et collègues), est surtout employée sur les terres où l’on parlait historiquement des dialectes picards. Le mot kermesse (connu dans la partie dialectale non-picarde en Belgique) est d’origine flamande, et dénomme dans cette langue aussi bien une fête patronale qu’un événement festif, quel qu’il soit (v. TLFi).

Illustration: à gauche, affiche de la ducasse de Mons (capitale de la province du Hainaut en Belgique, source); à droite, affiche de la kermesse de Bruxelles (affichage bilingue, source).

Sur la frange orientale du territoire, se distribuent de façon complémentaire les variantes kirb (en Moselle), kilbe (dans le sud de l’Alsace) et messti (dans le nord de l’Alsace). Ces trois expressions sont passées en français par l’intermédiaire des dialectes germaniques locaux, où ils ont le même sens (v.  le Dictionnaire des régionalismes du français en Alsace de P. Rézeau).

Illustration: à gauche, affiche de la kirb de la Ville-Neuve à Sarre-Union (en Moselle, source); à droite, affiche du messti de Holtzheim (en Alsace, source).

En Suisse romande, on a relevé la variante bénichon (une forme à mettre en rapport avec le mot bénédiction) dans le canton de Fribourg, la variante abbaye (qui désigne une société de tireurs, dont le concours de tir donne lieu à une fête de village) dans le canton de Vaud, et la forme vogue dans le canton de Genève. Pour en savoir davantage sur ces trois mots, v. le Dictionnaire suisse romand d’A. Thibault; vous pouvez aussi les chercher dans la Banque de données lexicographiques panfrancophone, volet Suisse romande. Sur le reste du territoire où, en France, l’on parlait naguère des dialectes francoprovençaux, on retrouve également la forme vogue (tout comme à Genève), emblématique, d’après les dictionnaires de grande consultation, de la région de Lyon d’où il est originaire (il y est attesté dès 1640, avec le sens de « fête patronale »).

Illustration: à gauche, affiche de la bénichon de la ville de Fribourg (en Suisse, source); à droite, affiche de Guignol à la vogue des Marrons (célèbre événement annuel du quartier de la Croix-Rousse à Lyon).

Une bonne partie du Midi de la France (Provence et Languedoc) ne connaît pour sa part que la lexie fête votive, formée à partir de l’occitan vota (qui signifie « fête patronale »). Quant aux internautes du Pays basque et des Pyrénées orientales, ils ont proposé la forme feria (équivalent du mot « fête » en espagnol et en catalan).

Illustration: à gauche, affiche des fêtes votives de La Ciotat (source); à droite, affiche de la feria de Dax (source).

A l’Ouest, ce sont les mots frairie (attesté depuis le XVe siècle) et assemblée (attesté également depuis le XVe siècle) que l’on retrouve. Enfin, dans la Bretagne non-romane, les suggestions des internautes nous ont permis de circonscrire l’aire de fest-noz, qui signifie en breton « fête de nuit », par opposition au fest-deiz qui veut dire « fête de jour »).

Illustration: à gauche, affiche de la frairie des Massotes (source); à droite, affiche de la fest-noz du Pays de Redon (source).

Les dénominations de la fête de village il y a un siècle…

Qu’en était-il dans les parlers de nos ancêtres ? Les sources dont on dispose, sur le plan historique, sont très nombreuses mais renvoient à différentes époques et sont parfois difficiles à localiser, ce qui fait qu’elles ne permettraient pas de tracer avec précision, pour une époque donnée, l’aire de chacun des types que nous avons retenus dans notre enquête. En revanche, les données récoltées par E. Edmont, en vue de la confection de l’Atlas Linguistique de la France sous la direction du linguiste suisse J. Gilliéron, nous ont permis de réaliser la carte ci-dessous :

 

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Figure 2. Les dénominations de la fête de village d’après l’Atlas Linguistique de la France (carte n° 556, v. l’originale ici).

Tout d’abord, on peut voir qu’à la fin du XIXe s., il existait davantage de mots pour désigner la fête de village dans les dialectes qu’au XXIe siècle en français. D’après notre enquête, les variantes préveil, ballade, apport, reinage et roumérage, ne sont en effet plus utilisées (ces variantes figuraient pourtant dans le questionnaire).

Le saviez-vous ? L‘Atlas Linguistique de la France a été mis en chantier en 1896. Il est le résultat d’un projet initié par J. Gilliéron, qui souhaitait documenter géographiquement la variation des patois que l’on parlait alors dans les zones galloromanes de France, de Suisse et de Belgique (c’est pour cela que l’Alsace, la Bretagne celtique et la Corse ne sont pas représentées sur la carte ci-dessus). Il a envoyé sur le terrain un enquêteur français, E. Edmont, un épicier retraité du Pas-de-Calais, passionné d’histoire locale, en vue de récolter les traductions d’un questionnaire comportant plus de 1400 entrées, soumis à plus de 730 témoins répartis dans 639 localités (la carte ci-dessus donne une idée de la distribution de ces points dans l’espace). L’enquête a duré près de quatre ans, période pendant laquelle E. Edmont a sillonné la France avec ses propres moyens (à bicyclette, en train, à pied et en voiture). L’atlas, qui comporte près de 2000 cartes (!), sera publié entre 1902 et 1910. Les cartes ont récemment été numérisées. On peut les consulter ici.

Une seconde remarque concerne l’apparition de mots nouveaux en français régional : abbaye, en usage dans le canton de Vaud, n’était pas utilisé par les patoisants de la fin du XIXe siècle. Dans le Midi de la France, le mot occitan était vota, et pas le dérivé complexe (savant) fête votive. Quant à feria, aucun témoin de E. Edmont n’avait pensé à le donner, ce qui laisse croire qu’il n’était pas en usage alors.

Enfin, l’aire d’extension des variantes en présence doit être commentée. En Belgique, la forme ducasse a perdu énormément de terrain à l’ouest, où elle a été remplacée par la variante kermesse ; elle a en revanche été adoptée par davantage de personnes dans la partie méridionale de l’aire picarde. Dans le sud, fête votive a agi tel un rouleau compresseur, en se substituant aux variantes plus minoritaires en patois. Dans l’ouest, on voit que si l’aire de frairie est restée stable, celle d’assemblée s’est considérablement réduite.

Au total, ces faits nous permettent de confirmer l’idée selon laquelle le français régional, ce n’est pas ce qui reste du patois quand il est disparu, contrairement à une opinion largement répandue (y compris dans la communauté des linguistes). Bien que les deux systèmes soient étroitement connectés, ils jouissent chacun de leur dynamique propre, et l’on aurait tort de croire que l’un constitue les reliquats de l’autre. On a toutefois envie de se réjouir : on parle souvent de l’uniformisation du français, et l’on déplore la disparition des mots de nos régions. On peut voir que dans le domaine des fêtes locales, tous ces régionalismes ont encore de beaux jours devant eux, malgré l’urbanisation croissante !

Ce billet vous a plu ?

En attendant le prochain billet, vous pouvez nous retrouver sur Facebook ou Twitter (on a aussi un compte Instagram). Si ce n’est pas déjà fait et si vous avez 10 minutes devant vous, n’hésitez pas à participer à notre dernière enquête (vous êtes originaire d’Europe, cliquez ici ; vous venez d’Amérique du Nord ? Cliquez ). Vous pouvez aussi faire suivre ce lien autour de vous : c’est gratuit, anonyme, ça se fait depuis son ordinateur, smartphone ou tablette, et ça nous aide énormément ! Enfin, n’hésitez pas à nous dire quelle(s) variante(s) vous utilisez vous-mêmes pour désigner la « fête de village », en commentaires ou sur les réseaux sociaux !

 

Les régionalismes du Nord-Pas-de-Calais et de Wallonie

Nos précédents billets ont traité des régionalismes de l’Ouest, du Sud, du Centre-Est ou de l’Est de la francophonie d’Europe, mais pas encore des régionalismes du Nord. Nous nous devions de publier quelques cartes donnant à voir l’aire d’extension et la vitalité des particularités linguistiques du français que l’on parle dans cette région. Nous en avons sélectionné cinq.

Ne pas savoir

Le francophone lambda qui n’a jamais mis les pieds dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique sera frappé, lorsqu’il s’y rendra, de l’usage que font les locuteurs du français de ces régions du verbe savoir, notamment dans les contextes négatifs. Si un Belge vous dit que « son chat ne sait pas courir, avec sa patte blessée » ou qu’il « ne sait plus lire sans ses lunettes » (exemples tirés du Dictionnaire des belgicismes), il veut bien sûr dire que « son chat ne peut plus marcher, avec sa patte blessée » ou qu’il « ne peut pas lire sans ses lunettes ».

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Dans Astérix chez les Belges, le verbe pouvoir est systématiquement remplacé par le verbe savoir.

Si cet emploi du verbe savoir est aujourd’hui bizarre pour celui qui ne le connait pas, il n’en a pas toujours été ainsi (v. notre précédent billet pour plus de détail).

L’influence du néerlandais ?

De nombreux grammairiens ont invoqué l’influence du néerlandais kunnen pour expliquer cet usage du verbe savoir en français. En néerlandais, le verbe kunnen permet d’exprimer à la fois la capacité physique et morale et la connaissance.

Les données de l’une de nos premières enquêtes, où on demandait aux internautes d’évaluer, sur une échelle de 0 (=jamais) à 10 (=souvent) à quelle fréquence ils emploieraient une phrase comme « J’ai tellement mal au dos que je ne sais même plus dormir » si leur mal de dos les empêchait de dormir, nous ont permis de préciser l’aérologie de ce régionalisme :

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Figure 1. Fréquence d’emploi du verbe ne pas savoir (au sens de « ne pas pouvoir ») dans l’enquête Euro-1. Plus la couleur est sombre, plus la fréquence estimée par les participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevée.

On peut voir que le tour ne pas savoir (au sens de « ne pas pouvoir ») a une fréquence variable en Belgique, et que de l’autre côté de la frontière, il est moins connu dans le département du Pas-de-Calais que dans le Nord.

Ducasse

Le mot ducasse (variante populaire ancienne du mot dédicace) désignait originellement une fête religieuse. Le mot est ancien (les premières attestations remontent au début du Moyen-Âge, d’après l’article du TLFi). Aujourd’hui, il désigne une fête de village quelconque, qui a lieu une ou deux fois par an (la Ducasse de Mons et la Ducasse d’Ath, deux localités situées dans le Hainault belge, sont les ducasses les plus fameuses, v. illustration ci-dessous). Ces fêtes sont notamment rythmées par des défilés de « géants » (un mot régional qui désigne « un personnage de grande dimension […] porté par les participants de certains carnavals et cortèges folkloriques dont ils constituent une attraction originale » d’après le Dictionnaire des belgicismes).

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Source de l’illustration : Sacré Piet !

Le mot ducasse est surtout employé dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais (82% des suffrages) et dans la province du Hainault (80% des suffrages) ; alentour, il jouit d’une vitalité significativement moins élevée (les pourcentages ne dépassent pas les 30% dans l’Aisne et dans la Somme ; les 10% dans les provinces du Brabant wallon et de Namur).

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Figure 2. Répartition et vitalité du mot ducasse (au sens de « fête de village ») dans l’enquête Euro-3. Plus la couleur est sombre, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Drisse

Il existe des dizaines de mots pour désigner le produit de l’évacuation de selles fortement liquides. Le mot drisse est l’un d’eux (étymologiquement, il faut mettre le mot drisse en rapport avec le moyen néerlandais drits « excréments » – notons qu’on retrouve aussi dans le français régional de la Lorraine, du Doubs et du Jura le paronyme trisse qui signifie « diarrhée », et des verbes comme estricler, estricher, trisser, etc. qui signifient « éclabousser », lesquels se rattachent tous à un autre étymon, l’allemand spritzen qui signifie « gicler/éclabousser »).

Il y a drisse et drisse !

Le mot de français régional drisse (au sens de « diarrhée ») ne doit pas être confondu avec le mot drisse du français commun, qui désigne un « cordage ou palan qui sert à hisser une voile, un pavillon, un signal flottant » (TLFi).

En français régional, le mot drisse (« diarrhée ») jouit d’une vitalité moyenne: c’est dans le département du Pas-de-Calais que le pourcentage d’utilisation du mot est le plus élevé (42%), suivi de la Somme (40%) et du Nord (32.5%).

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Figure 3. Répartition et vitalité du mot drisse (au sens de « forte diarrhée ») dans l’enquête Euro-2. Plus la couleur est sombre, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

En Belgique, le mot n’est pas connu en français. Il était pourtant utilisé par les informateurs picards ayant participé aux enquêtes pour l’Atlas Linguistique de Wallonie au début du siècle dernier, comme le montre la carte ci-dessous, générée à partir des données de l’Atlas Linguistique de Wallonie et de l’Atlas Linguistique de France :

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Figure 4. Répartition et vitalité du type lexical « drisse » d’après l’ALF (carte 588, la question n’a pas été posée dans les départements autour du département Pas-de-Calais) et l’ALW (vol. 15, carte 76). Chaque point représente la réponse d’un témoin.

Une collègue linguiste originaire du Pas-de-Calais me signale que dans sa famille, le mot drisse désignait spécifiquement « la diarrhée du chat ». Personnellement, ma mère l’utilise tout le temps (elle n’a jamais vécu dans le Nord, mais sa mère – ma grand-mère donc – y a passé la plus grande partie de sa jeunesse !). N’hésitez pas à nous dire en commentaire ce qu’il en est dans votre usage !

Chicon

Si vous allez faire votre marché dans le Nord-Pas-de-Calais ou en Belgique et que vous cherchez des endives, il y a de fortes chances que l’on vous présente une salade verte et frisée (et qui s’apparente à ce que l’on appelle en français commun une scarole, si ça ne vous dit rien, jetez un œil à cette page). Pour obtenir ce que vous voulez, il vous faudra plutôt demander des chicons ! Le mot chicon désigne en Belgique et dans le nord de la France ce que l’on appelle dans le reste de la francophonie d’Europe une endive, comme on peut le voir sur la carte ci-dessous :

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Figure 5. Répartition et vitalité du mot chicon (au sens de « endive ») dans l’enquête Euro-3. Plus la couleur est sombre, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Sur le plan géolinguistique, la carte ci-dessus, générée à partir des réponses de 8.000 participants francophones à l’une de nos dernières enquêtes, indique que la vitalité d’emploi du mot chicon pour désigner ce qu’on appelle en français commun une endive est assez élevée : en moyenne, 90% des répondants originaires de Belgique ont déclaré employer ce terme, contre 75% des répondants originaires des départements du Nord et du Pas-de-Calais et 37% des répondants originaires de la Somme, de l’Aisne, des Ardennes et de l’Oise. Dans le reste du domaine, le mot n’est pratiquement pas employé dans ce sens.

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Source de l’illustration : Dans mon frigo, la BD.

Vous avez compris ce que le chicon raconte à la saucisse dans cette petite BD ? Nous non plus ! N’hésitez pas à laisse une traduction en commentaire si vous comprenez le picard (on sélectionnera la meilleure traduction lors de la prochaine mise à jour du billet).

La prononciation du mot sourcil

On terminera ce billet, une fois n’est pas coutume, avec une carte donnant à voir la vitalité d’un fait de prononciation. On s’intéressera ici au mot sourcil, que l’on peut entendre prononcé de deux manières, c’est-à-dire avec sa consonne finale [sourcil] ou sans sa consonne finale [sourci].

Saviez-vous que l’Académie française signalait (dans la dernière édition complète de son dictionnaire, qui remonte à 1935), comme normative la prononciation sans consonne finale [sourci] ?* Saviez-vous également – et c’est plus surprenant – que c’est la variante [sourci], et elle seule, que l’on retrouve dans les dictionnaires classiques du français (à l’instar du Grand Robert et du Larousse) ? D’après nos recherches, la prononciation du -l final de sourcil n’est documentée que dans le TLFi (qui indique que le mot se prononce [sourci] et « parfois [-sil] ») et dans le Wiktionnaire.

Les données de notre enquête permettent de montrer qu’en 2016 (année du sondage), la prononciation du mot sourcil sans -l final est en voie de disparition en France et en Suisse, mais qu’elle continue de se maintenir en Belgique. On peut voir sur la carte ci-dessous (générée à partir des réponses d’environ 5.000 internautes) qu’en moyenne, seuls 5% des répondants originaires de France et de Suisse romande ont indiqué ne pas prononcer la consonne finale du mot sourcil. En Belgique, la moyenne des participants ayant indiqué ne pas prononcer cette consonne est significativement plus haute, puisqu’elle atteint les 60%.

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Figure 6. Répartition et vitalité de la prononciation sans -l final du mot sourcil dans l’enquête Consonnes-Euro. Plus la couleur est sombre, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

*Une recherche dans le moteur du site de l’Académie nous informe que la position de l’institution a changé d’avis depuis (v. la réponse donnée à Carole L., originaire de Chicago, qui demande le 04 juin 2015 si l’on doit prononcer le « l » finale du mot sourcil).

Le saviez-vous ?

Au Québec, la prononciation sans consonne finale constitue la norme (et il en va de même pour nombril, persil, etc).

Comment ça se dit chez vous ?

Ce billet vous a plus ? N’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires et de vos suggestions. Vous pouvez nous aider en répondant à quelque questions sur vos usages linguistiques. Vos réponses (anonymes) nous permettront de générer les prochaines cartes (cliquez ici pour participer à notre dernière enquête). Si vous voulez être tenus au courant des prochaines publications, n’hésitez pas à nous suivre sur Facebook !

Le français nord-américain: premiers résultats

Nos enquêtes, après avoir couvert la francophonie d’Europe et s’être étendues aux Antilles, se sont récemment déployées en Amérique du Nord – et ce, avec un succès inespéré: plus de 2500 participants ont répondu à notre questionnaire, nous fournissant ainsi de précieuses données sur leurs préférences phonétiques, grammaticales et lexicales. Les répondants sont majoritairement issus des différentes régions du Québec, mais l’Ontario francophone est également très bien représenté, ainsi que l’Acadie, les provinces de l’Ouest canadien et même la Louisiane, aux États-Unis.

Des runnings, sneakers et autres shoe-claques

Pour ce premier billet, nous avons choisi de présenter les différentes dénominations des chaussures de sport – ce que l’on appelle couramment en France «des baskets» (mot pratiquement inusité, comme on va le voir, au Canada francophone).

La situation en 1980…

Une première enquête lexicale de grande envergure, menée dans les années 1970, avait abouti en 1980 à la publication de l’Atlas Linguistique de l’Est du Canada (10 vol., 700 témoins, 2500 questions). L’une des questions de cet atlas était justement consacrée à la dénomination des chaussures de sport. La carte ci-dessous permet de prendre connaissance des principales réponses alors recueillies, ainsi que de leurs aires respectives:

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Figure 1. Les dénominations des chaussures de sport dans l’ALEC (1980).

On pouvait y observer une répartition géographique tripartite: le type running ou running-shoes [triangles rouges] est caractéristique de l’ouest du Québec (centré sur Montréal) et de l’Ontario, shoe-claques [carrés verts] domine dans la moitié est, centrée sur Québec, et sneakers/sneaks a été relevé dans l’Estrie ainsi qu’en Acadie [ronds bleus]. L’Abitibi (en haut à gauche), zone de colonisation récente, affiche une combinaison des trois types. La carte montrait aussi d’autres appellations beaucoup plus rares, comme par ex. souliers de toile ou espadrilles (mot qui désigne en Europe francophone un autre type de chaussure, qui a en commun avec les premières chaussures de sport d’être fait en toile mais dont la semelle est faite de corde tressée, v. TLFi).

…et la situation aujourd’hui

Qu’en est-il de la situation de nos jours, plus de quarante ans après les enquêtes de l’ALEC? La carte ci-dessous illustre la répartition de ces appellations dans l’Est du pays (qui concentre la plus grande partie de la population francophone):

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Figure 2. Les dénominations des « chaussures de sport » d’après l’enquête sur les régionalismes d’Amérique du Nord (2016).

Si les grandes tendances déjà illustrées par la carte de l’ALEC se maintiennent (runnings ou running-shoes dans l’ouest du Québec, shoe-claques dans l’est et sneaks/sneakers dans l’Estrie et en Acadie), des nouveautés attirent toutefois l’attention: d’une part, la diffusion de runnings en dehors de sa zone d’origine; d’autre part, la véritable explosion qu’a connue l’usage d’espadrille, arrivé bon premier dans de nombreuses régions (en orangé sur la carte). À vrai dire, c’est aussi ce mot qui domine dans l’ensemble du pays: 44,5% des participants ont déclaré l’utiliser, contre 42,1% pour runnings, très fréquent dans la populeuse agglomération montréalaise; sneakers (11,3%) et shoe-claques (10,1%) se répartissent le reste (le total dépasse 100%, car les participants pouvaient donner plus d’une réponse). Quant à baskets, le terme le plus banal en Europe francophone pour désigner le même référent, il dépasse à peine la barre des 1%.

Où dit-on runnings ?

Les cartes ci-dessous présentent les pourcentages d’usage respectifs de chaque mot séparément, ce qui permet de mieux évaluer leur diffusion sur tout le territoire. Commençons par celle consacrée à runnings ou running-shoes:

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Figure 3. Répartition et vitalité du mot runnings d’après l’enquête sur les régionalismes d’Amérique du Nord (2016). Plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par MRC (Québec) ou Province (reste du Canada) est élevé.

Ce mot désigne en anglais, selon l’Oxford English Dictionary, «each of a pair of shoes worn or designed to be worn while running». Attesté depuis 1914 en français canadien, il est très diffusé dans la grande région montréalaise (où son pourcentage d’emploi déclaré peut atteindre 100%) et en Abitibi, mais atteint également une forte proportion de locuteurs en dehors de sa zone d’origine, comme en Gaspésie. Il a toutefois beaucoup reculé ces dernières décennies devant espadrille, en particulier en Ontario.

Où dit-on shoe-claques ?

Passons maintenant à shoe-claques, mot hybride combinant un élément d’origine anglaise (shoe “chaussure”) à un élément d’origine française (claque “couvre-chaussure en caoutchouc”), peut-être parce que les chaussures de sport se caractérisent par leur semelle en caoutchouc.

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Figure 4. Répartition et vitalité du mot shoe-claques d’après l’enquête sur les régionalismes d’Amérique du Nord (2016). Plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par MRC (Québec) ou Province (reste du Canada) est élevé.

Ce mot attesté depuis 1909 au Québec est clairement représentatif de l’est de la province, mais par rapport aux données de l’ALEC (1980) il a clairement reculé dans certaines régions, au profit d’espadrille au Saguenay-Lac-Saint-Jean ou de runnings en Gaspésie. Son pourcentage d’utilisation ne dépasse d’ailleurs jamais les 55%.

Où dit-on sneakers ?

La carte suivante est consacrée à sneakers (ou à sa version abrégée, sneaks).

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Figure 5. Répartition et vitalité du mot sneakers d’après l’enquête sur les régionalismes d’Amérique du Nord (2016). Plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par MRC (Québec) ou Province (reste du Canada) est élevé.

En anglais, sneak (ou sneaker) désigne selon l’Oxford English Dictionary «a soft soled, noiseless slipper or shoe». En fait, c’est le mot largement utilisé dans toute la Nouvelle-Angleterre (cf. J. Katz, Speaking American, 2016, p. 5 ainsi que les résultats du Harvard Dialect Survey) pour désigner «the shoes we wear to the gym», le reste des États-Unis préférant tennis shoes. C’est certainement de là qu’il se sera exporté aux régions voisines que sont les Canton de l’Est (au Québec), le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Notons toutefois que les pourcentages ne dépassent jamais 55%.

Où dit-on espadrilles ?

Enfin, la dernière carte illustre le triomphe du seul mot d’origine entièrement «française», si l’on peut dire, espadrilles (bien qu’il ait connu une évolution sémantique):

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Figure 6. Répartition et vitalité du mot espadrilles d’après l’enquête sur les régionalismes d’Amérique du Nord (2016). Plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par MRC (Québec) ou Province (reste du Canada) est élevé.

Alors que la carte de l’ALEC (voir ci-dessus fig. 1) n’attestait ce mot que pour quelques points à peine, les résultats de notre enquête montrent des pourcentages d’usage déclaré très élevés en moyenne sur la plus grande partie du territoire, même là où d’autres types le concurrencent. Le Saguenay-Lac-Saint-Jean, où shoe-claques régnait autrefois presque sans partage, est maintenant devenu un véritable bastion d’espadrilles (90%), mais ce dernier se défend aussi très bien dans la grande région de Québec, en Acadie ainsi qu’en Ontario. Les provinces de l’Ouest canadien (qui n’étaient pas représentées dans l’ALEC) n’échappent pas à cette tendance, bien au contraire: au Manitoba par exemple, près de 87% des répondants ont déclaré utiliser espadrille, ne laissant que des miettes aux autres dénominations. Quant à la Saskatchewan et à l’Alberta, les pourcentages atteignent ou dépassent 60%. Il n’y a guère que la Louisiane qui méconnaisse notre mot, le système scolaire canadien n’ayant pas réussi à l’implanter jusque là-bas. Les répondants ont cité baskets (probablement diffusé en Louisiane par la transmission du français standard de France en milieu scolaire), et même parfois runnings ou sneakers, mais aussi tennis shoes, le terme le plus fréquent dans la plus grande partie des États-Unis pour désigner ce référent.

Le triomphe d’espadrilles et l’aménagement linguistique

Il semble bien que la forte tendance du système scolaire à diffuser et encourager l’usage d’équivalents sentis comme «français» au détriment de mots perçus comme des anglicismes à éviter ait réussi à propulser espadrilles au sommet du classement. Lisons à ce sujet la fiche du Grand Dictionnaire Terminologique (GDT) du gouvernement québécois consacrée aux différentes appellations de ce concept:

Le terme espadrille a été proposé au Québec au milieu du XXe siècle pour contrer l’usage de certains emprunts à l’anglais. Espadrille désigne également une chaussure de toile très légère, traditionnellement composée d’une semelle de corde.

On voit que la nature du référent désigné par ce mot en Europe francophone est rappelée ici aux lecteurs, mais il s’agit d’un type de chaussure beaucoup moins répandu que la chaussure de sport. Pour désigner cette dernière, le GDT préconise chaussure (de) sport, espadrille, basket ou tennis (ce dernier est d’ailleurs attesté sporadiquement dans notre enquête); il déconseille explicitement shoe-claque et running ou running shoes. Quant à sneak ou sneaker, il n’en fait pas du tout mention.

Mot de la fin

Ce premier billet nord-américain a montré qu’il est possible de cartographier des dénominations géographiquement concurrentes, de décrire l’évolution des usages dans le temps et d’évaluer l’impact des politiques d’aménagement linguistique gouvernementales en matière de francisation. Ironiquement, le mot d’aspect «français» qui domine dans l’usage des francophones canadiens aujourd’hui, espadrilles, ne désigne pas exactement le même référent qu’en France, et le mot utilisé par les Français pour se référer aux chaussures de sport (baskets) est à toutes fins pratiques inusité au Canada. Il s’agit d’un exemple illustrant bien l’autonomisation d’une forme endogène de français et le rapatriement de la légitimité des jugements sur la norme.

Ce billet vous a plu ?

N’hésitez pas à participer à notre enquête et à nous partager sur les réseaux sociaux ! Plus nous aurons de participants, plus nos résultats seront fiables et représentatifs. L’Acadie, les provinces de l’Ouest et la Louisiane sont encore sous-représentées: à vos claviers, chers amis !

La carte des bises

Combien de bises allez-vous faire à vos proches lorsque vous les reverrez (après de longs mois pour certains d’entre nous) lors du réveillon de Noël, ou quand vous leur transmettrez vos vœux pour la nouvelle année ?

C’est en général un véritable casse-tête, puisque le nombre de bises varie d’une personne à l’autre. A l’étranger, le rituel des bises fait beaucoup rire (impossible d’être passé à côté de cette vidéo, publiée l’an dernier, elle cumule déjà plus de 2 millions de vues sur Youtube !). Depuis 2007, il existe même un site qui recueille les votes des internautes et propose une cartographie de la France en fonction du nombre de bises par départements (voir ici).

Dans le cadre de la dernière enquête « Le français de nos régions », projet qui s’intéresse à la variation régionale des mots et des expressions du français en Europe, nous avons voulu récolter nos propres données pour vérifier d’une part la validité des données du site combiendebises, mais aussi voir ce qu’il en était chez nos voisins wallons et romands…

La carte des bises 2.0

En guise de synthèse, nous avons dessiné la carte ci-dessous, qui permet de rendre compte des usages les plus fréquents par départements. Les points signalent toutefois qu’il existe une grande variation à l’intérieur des zones où dominent certains usages. Ne vous étonnez donc pas si vous vous ratez pendant les fêtes !

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Figure 1. Le nombre de bises selon les régions de la francophonie d’Europe dans l’enquête Euro-3, en fonction des pourcentages maximaux obtenus par départements (FR), les provinces (BE) et cantons (CH).

Les cartes ci-dessous permettent de rendre compte de la vitalité et de l’extension exacte de chacune des formules.

Une bise

En France, nos données indiquent que dans les départements du Finistère et des Deux-Sèvres, 50% des participants ne font qu’une seule bise (cela veut donc dire que les 50% autres participants en plus). Les Belges sont plus cohérents, puisque la quasi-totalité des répondants à indiquer ne faire qu’une seule bise:

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Figure 2. Répartition et vitalité de la formule « une bise » dans l’enquête Euro-3. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Deux bises

Dans la plus grande majorité des départements de France, la coutume veut que l’on fasse deux bises. c’est une pratique peu répandue en Belgique (où on fait une bise, v. ci-dessus), de même que dans certains départements du Sud-Est et en Suisse romande (où l’on en fait trois, v. ci-dessous) :

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Figure 3. Répartition et vitalité de la formule « deux bises » dans l’enquête Euro-3. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Trois bises

En France, seuls une petite poignée de Méridionaux localisés à l’Est du territoire, dans une région qui exclut Marseille et sa grande périphérie. On retrouve en Suisse romande les trois bises, où c’est la norme :

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Figure 4. Répartition et vitalité de la formule « trois bises » dans l’enquête Euro-3. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Quatre bises

Dans une grande partie du nord de l’Heaxgone, il est courant que l’on fasse quatre bises (noter toutefois qu’aucun département n’atteint les 100%) :

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Figure 5. Répartition et vitalité de la formule « quatre bises » dans l’enquête Euro-3. Chaque symbole représente le code postal de la localité d’enfance d’un ou de plusieurs participants, plus la couleur est foncée, plus le pourcentage de participants par département (FR), province (BE) ou canton (CH) est élevé.

Combien de bises faites-vous ?

Dites-le-nous en participant à notre grande enquête sur les mots et les expressions du français de nos régions ! Cliquez ici pour accéder au formulaire d’enquête.